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Éducateur innovateur et chercheur sur les systèmes de santé mentale
La lutte de sa fille contre la leucémie à l’âge de 11 ans et son rétablissement subséquent ont été des expériences déterminantes qui ont profondément influencé sa carrière, dit le Dr Elliot Goldner. Cela l’a mis en contact avec l’autre côté du système de santé — en tant que père d’une patiente. Bien que sa fille ait bénéficié d’un soutien émotionnel et financier solide de la part de son épouse et lui, le Dr Goldner a vu de nombreux enfants qui souffraient de maladies mettant la vie en danger soumis à de graves fardeaux financiers et à d’autres difficultés parce que des services comme les médicaments anticancéreux n’étaient pas couverts par le régime d’assurance-maladie. « Cela m’a ouvert les yeux sur la complexité du système de santé et sur ses dilemmes épineux quant à la façon dont nous soutenons et finançons les maladies. Cela m’a fait réfléchir au soutien que nous offrons aux personnes souf- frant de maladies mentales et de problèmes de santé mentale, et à la façon dont nous décidons ce que nous finançons ou pas avec des ressources limitées dans un système de santé public comme celui du Canada. » Ce puissant mélange d’expérience personnelle et d’éducation a cristallisé l’intérêt du Dr Goldner sur les mécanismes du système de santé mentale. Au moment de la maladie de sa fille, il était inscrit au programme de maîtrise en soins de santé et en épidémiologie de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC). Il a découvert que le système actuel de santé mentale était le produit de « décisions qui étaient prises, à ma stupéfaction, plus souvent au hasard que d’après un événement quelconque qui aurait fait pencher les décideurs dans une direction en particulier. J’ai cru qu’il était important d’apporter plus de preuves et de faits pour nourrir ces décisions ». Il a mis toute son énergie à mettre sur pied une unité de recherche qui allait précisément travailler à ces fins. En 1999, l’unité d’évaluation de la santé mentale et de consultation communautaire (MHECCU), une unité de recherche multidisciplinaire reliée au département de psychiatrie de l’UBC a été créée, et le Dr Goldner la dirigeait. Le rôle de l’unité consiste à recueillir l’information de meilleure qualité sur les questions de santé mentale pour aider les fonctionnaires et les politiciens de la C.-B. à prendre des décisions éclairées. « Au lieu de faire cela de façon plus distante et didactique, nous relevons nos manches et mettons la main à la pâte avec les décideurs », dit le Dr Goldner. Les activités de recherche de la MHECCU sont partiellement soutenues par le gouvernement de la C.-B., et ses chercheurs sont en contact chaque jour avec les princi- paux décideurs et intervenants. Un exemple des nombreuses activités de l’unité est une récente étude sur les électro- chocs, dont sont issues des recommandations sur les meilleures pratiques qui ont été diffusées à tous les inter- venants, avec un plan de suivi pour évaluer l’absorption et l’utilité. La MHECCU aide également la C.-B. à surveiller le rende- ment de ses services de santé mentale. Le Dr Goldner ajoute que les unités de recherche comme MHECCU sont également importantes pour les psychiatres cliniciens qui veulent effectuer des changements dans le système. La MHECCU comble l’écart entre les cliniciens et les décideurs. « Nous sommes un entonnoir qui recueille de l’information et fait en sorte que les idées qui deviennent probantes par l’expérience, la connaissance et l’expertise des gens de la pratique quotidienne ne se perdent pas dans le système de santé complexe », explique-t-il. En octobre dernier, le Dr Goldner a reçu le prix Paul Patterson de leadership en éduction de l’APC pour son apport innovateur et son leadership inventif dans de nouvelles directions éduca- tionnelles — notamment la fondation de la division des services et politiques de santé mentale de l’UBC et la direction d’une équipe émérite d’éducateurs pour la création d’un programme national de formation en politiques de santé mentale, en 2003. Quelle voie a poussé le Dr Goldner à être un promoteur de la médecine fondée sur des données probantes, de la psychiatrie et des politiques de santé? Se décrivant lui-même comme une personne axée sur la famille, le Dr Goldner dit être attiré par les éléments scienti- fiques et humains de la médecine : « Petit garçon, je voulais que mes grands-parents vivent éternellement et je croyais qu’étudier la médecine et la science pourrait y aider. » C’est l’aspect humain de l’esprit qui a fait glisser son intérêt initial pour le cerveau et les neurosciences vers la psychiatrie. Dans sa première année de résidence, le Dr Goldner a traité un jeune homme souffrant d’anorexie mentale. Bien qu’il attribue le rétablissement du jeune homme à de bons soins infirmiers plutôt qu’à ses habiletés, ses superviseurs lui adressaient un nombre croissant de patients souffrant de troubles alimentaires. « Quand j’ai terminé ma formation de psychiatre, il était évident qu’il y avait de réelles lacunes dans les soins pour personnes souffrant de troubles alimen- taires en C.-B. » Après avoir été diplômé, il a fait équipe avec un tout nouvel interniste, le Dr Laird Birmingham, pour mettre sur pied des services multidisciplinaires spécialisés pour les personnes souffrant de troubles alimentaires à St. Paul’s, un grand hôpital du centre-ville de Vancouver, d’où il a commencé à relier les services de toute la province, ce qui a donné un réseau provincial des troubles alimentaires qui répond au ministère de la Santé de la C.-B. et qui incorpore la prestation, l’évaluation, la recherche, la formation continue et la prévention dans les services cliniques. Parallèlement à la constitution de ce réseau provincial, le Dr Goldner a poursuivi ses recherches en matière de troubles alimentaires. C’était une discipline toute jeune où les questions sur les meilleures pratiques étaient souvent sans réponses; il est donc retourné à l’université pour parfaire ses compétences de recherche. C’est alors que le destin est intervenu sous forme de la maladie de sa fille, ce qui lui a valu d’utiliser ses compétences en recherche pour aborder les questions liées aux services de santé mentale et de toxico- manie dans leur ensemble. Après avoir créé la MHECCU, il a ensuite fondé la division des services et politiques de santé mentale du département de psychiatrie de l’UBC. Selon le chef du département, le Dr Athanasios Zis, il a créé « un centre universitaire efficace de connaissances et d’expertise qui fournira une source inépuisable de force pour faire progresser les connaissances et la pratique relativement aux systèmes, aux services et aux politiques de santé mentale ». Le travail du Dr Goldner au sein de la MHECCU et de la division de l’UBC l’a relié à un réseau de chercheurs du pays qui s’intéressent aux questions sous-jacentes des services et politiques de santé mentale et de toxicomanie. Bien que ce réseau ait fait équipe pour d’autres projets de recherche auparavant, le Dr Goldner considère que le nouveau programme national de formation en recherche sur les services de santé mentale est leur collaboration la plus importante. Ce programme multi- disciplinaire est une collaboration de quatre départements de psychiatrie au Canada — l’UBC, l’Université de Montréal, l’Université McGill et l’Université de Toronto. La supervision habituelle des étudiants au doctorat et au post-doctorat est complétée par des séminaires mensuels utilisant des technologies d’apprentissage à distance et faisant appel à des membres dévoués du corps professoral de chaque université ainsi qu’à des experts internationaux de France, de Grande-Bretagne, des Pays-Bas, des États-Unis, d’Italie et d’Australie. Cette initiative innovatrice a été conçue pour obtenir le maximum d’avantages des ressources propres à chaque programme universitaire. « Chacun d’entre nous est relativement petit avec des expertises différentes, mais combinées, nos forces sont assez imposantes », explique-t-il. Les étudiants du programme participent également à un atelier annuel synchronisé avec les assemblées annuelles de l’Académie canadienne d’épidémiologie psychiatrique et de l’APC. Grâce à un accord de financement de six ans des Instituts de recherche en santé du Canada et une possibilité de renouveler le financement pour six autres années, le programme offrira des stages pratiques dans les milieux politiques du gouvernement et auprès des décideurs des autorités régionales en matière de santé, qui subissent des pressions et luttent avec des questions concrètes chaque jour, dit le Dr Goldner. Lorsqu’il a posé la candidature du Dr Goldner au prix Paul Patterson, le chef du département de psychiatrie de l’UBC, le Dr Zis, a écrit que ces nouveaux stages pratiques vont préparer les stagiaires « à prendre une part active et influente dans l’avancement des systèmes et services de santé mentale ». Lorsqu’on lui demande quels changements majeurs il aimerait voir dans le système canadien de santé mentale et de toxicomanie, le Dr Goldner a plusieurs recommandations. Outre la planification fondée sur des données probantes, il aimerait voir moins de compartimentation des services. Il croit que cette dernière invalide notre capacité de voir le système dans son ensemble et perpétue l’inaction sous prétexte que « ce n’est pas mon domaine ». Il croit aussi qu’un système de santé mentale efficace doit reconnaître où la santé mentale et les maladies mentales chevauchent d’autres domaines de politiques, comme le système de justice pénale. Il faut aussi accorder plus d’attention à la santé mentale au niveau des soins primaires, dit le Dr Goldner. « Bien des gens qui ont des problèmes de santé mentale se retrouvent aux soins primaires, et pourtant, la façon dont nous avons organisé nos services ne permet pas de grandes possibilités d’action. » Il voit un énorme potentiel à puiser dans des ressources comme les médecins de famille pour traiter des problèmes moins aigus de dépression et d’anxiété. La prévention et l’intervention précoce en milieu de travail sont aussi prometteuses et nécessitent des améliorations, ajoute le Dr Goldner. Si vous croyez que le Dr Goldner n’est que travail, détrompez-vous. Outre le temps qu’il passe auprès de son épouse et de ses deux enfants, il s’intéresse à la culture asiatique et a une passion dévorante pour la musique. Jeune homme, il a appris la guitare classique avec Eli Kassner, qui était l’élève du célèbre Andres Segovia. Il est ensuite passé au rock, aux blues et au jazz; il a même joué dans un groupe de rock et de blues qui amassait des fonds pour la Children’s Wish Foundation, et a souvent joué à Vancouver. Il trouvait que les longues nuits et les réunions de département à 7 h 30 se conjuguaient mal, alors aujourd’hui, il joue surtout à la maison. Que réserve l’avenir? Qui sait, mais le Dr Goldner a dit que l’une des expériences déterminantes de sa carrière a été sa récente participation à un groupe d’experts en santé mentale, au congrès de l’Organisation de coopération et de développement économiques dont le thème était l’amélioration des soins de santé. « C’était merveilleux de voir les leaders politiques, les ministres et hauts fonctionnaires de différents pays du monde se mesurer à des questions très importantes sur la façon d’améliorer nos services de santé. » HC |