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La santé mentale et le rapport Romanow Le rapport Romanow pourrait être le catalyseur qui va pousser le gouvernement fédéral à réorganiser les soins de santé au Canada ou, comme le croient les plus cyniques, il pourrait amasser la poussière sur une tablette. Assurément, le rapport met les questions de santé à l’avant-plan et accroît les pressions du public qui veut voir des mesures concrètes. Le rapport servira sans doute de cadre de discussions pour la réforme aux professionnels et aux représentants de la santé, mais quelles répercussions a-t-il sur la santé mentale et en particulier, sur la maladie mentale? « Nous sommes absolument enchantés que le rapport Romanow reconnaisse que la maladie mentale a longtemps été l’orpheline du système », a déclaré Joan Montgomery, présidente de la Société canadienne de schizophrénie (SCS). La Société est satisfaite du seul fait que l’on mentionne la santé mentale dans le rapport. Bien qu’elle reconnaisse que la mise en oeuvre des recommandations puisse rencontrer des obstacles juridictionnels, Mme Montgomery est encouragée de ce que Romanow souligne le besoin d’un meilleur accès aux services de santé mentale communautaires — services qui devaient suivre la désinstitutionnalisation des années 1960, mais qui ne l’ont pas fait. Les changements proposés à l’assurance-médicaments, qui viendraient en aide aux personnes aux prises avec l’impact « catastrophique » des médicaments, ont aussi été louangés par la SCS. Dépistage et intervention précoces« Nombre des principes et orientations des soins primaires que présente le rapport Romanow correspondent aux orientations adoptées par le groupe de travail sur les soins partagés de l’Association des psychiatres du Canada », dit le co-président, le Dr Nick Kates. Il indique que l’accent sur les soins primaires pourrait améliorer les soins de santé mentale, en augmentant la probabilité que différents spécialistes travaillent avec des médecins de soins primaires dans un système intégré, ce qui accroîtrait donc la chance d’un dépistage et d’une intervention précoces. Le rapport reconnaît brièvement que les Canadiens vivant avec une maladie mentale profiteront de la réforme des soins primaires. Le Dr Alain Lesage, président de l’Académie canadienne d’épidémiologie psychiatrique, dit que la recommandation la plus importante du rapport est une demande de financement accru du fédéral. Dr Lesage croit que l’accent mis sur les soins primaires est une bonne chose. « Il est sensé que les soins de santé mentale soient imbriqués dans les soins primaires, et que les soins des spécialistes viennent appuyer les soins primaires, et non l’inverse. » Cependant, le Dr Lesage ajoute une mise en garde : « Il faudra lutter tout le temps pour que les différents groupes soient bien servis, y compris les personnes souffrant de graves troubles mentaux. » « La consolidation des soins primaires aura un effet positif sur la qualité des soins de santé mentale », acquiesce le Dr Richard Brière, directeur scientifique adjoint de l’Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies. Il ajoute : « Inclure les soins de santé mentale dans les soins à domicile est un pas dans la bonne direction, mais nous devons faire en sorte que les ressources nécessaires soient disponibles et que les services soient offerts selon une approche globale et non hyper-spécialisée. » Le Dr Gary Hnatko, président du Conseil des provinces et directeur de l’exposé de principes sur les ressources humaines de l’APC, ajoute : « Pour être efficace, le fonds de soins primaires recommandé par Romanow devra comporter des incitatifs pour offrir des soins de santé mentale dans le secteur des soins primaires. » La même chose s’applique aux recommandations sur la santé en milieu rural et celle des Autochtones, ajoute le Dr Pierre Beauséjour, président du conseil d’administration de l’APC. ResponsabilitéLe Dr Stanley Kutcher, chef du département de psychiatrie à l’Université Dalhousie, indique la responsabilité comme étant une composante essentielle du rapport Romanow. « À mon avis, la notion de responsabilité est trop souvent absente de tout le système de santé, à tous les niveaux — au niveau politique et au niveau des praticiens. » Le Dr Kutcher poursuit en disant que le rapport propose que la responsabilité des services de santé est nécessaire. En outre, les provinces devraient rendre compte de façon raisonnable du financement qu’elles reçoivent du fédéral et de son utilisation appropriée. Le Dr Beauséjour croit que le rapport est justifié d’insister sur la responsabilité, mais : « L’accent ne devrait pas être mis sur qui est responsable envers qui, mais sur qui est responsable de quoi. » Les implications du rapport ne résident pas seulement dans ce qui a été dit, mais aussi dans ce qui a été omis. Le Dr Hnatko s’est dit surpris d’une omission en particulier : « Étant donné que les diagnostics de maladie mentale représentent 50 p. 100 des 10 principales affections incapacitantes de l’Organisation mondiale de la santé, il semble étonnant que M. Romanow suggère que la santé mentale ne soit considérée que comme un thème des futurs centres de recherche en innovation de la santé, plutôt que comme l’un des quatre premiers centres. » Soins spécialisésLes soins spécialisés ont peu retenu l’attention. Bien que la moitié des soins médicaux prodigués au pays soient des soins spécialisés, aucune des 47 recommandations du rapport ne portait spécifiquement sur ces soins. Le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada prétend que l’insistance exclusive mise sur les soins primaires a entraîné l’absence de recommandations de solutions réelles au problème des listes d’attente de soins spécialisés et d’interventions spéciales. Bien que le Dr John W.D. McDonald, président du Collège royal, applaudisse les recommandations de Romanow visant à cibler les fonds pour élargir l’accès aux tests diagnostiques évolués, ce n’est qu’une partie du problème. « Ça ne sert pas à grand-chose d’accélérer le diagnostic si l’on n’a rien fait pour rendre le traitement par un spécialiste plus accessible », explique-t-il. La formation médicale post-doctorale a également été négligée par le rapport, dit le Dr McDonald. « Il nous faut d’autres augmentations des subventions pour les centres de santé universitaires et les facultés de médecine, afin de former le type requis de médecins et de personnel infirmier qui sont essentiels à la prestation de soins spécialisés de qualité. Cela permettra également à l’équipe de soins de santé de répondre à un nombre croissant de patients. » Dans le « Mot du président » de ce mois-ci, le président de l’APC le Dr Blake Woodside, explique que les recommandations concernant les soins de santé mentale communautaires, l’assurance-médicaments, la réforme des soins primaires et l’accès amélioré en région rurale et éloignée ne sont que quelques-uns des enjeux auxquels fait face le système de santé mentale. Il y a de nombreuses questions qui demeurent à résoudre avant que le système de santé ne puisse répondre aux besoins des Canadiennes et des Canadiens vivant avec une maladie mentale, et promouvoir la santé mentale pour toute la population. « Cela ne peut se réaliser qu’à l’aide d’une stratégie nationale détaillée de la santé mentale et de la maladie mentale. Cette stratégie est notre meilleure chance d’aborder les multiples dimensions des problèmes actuels liés à la maladie mentale et à la santé mentale de façon intégrée et inclusive. » Le 6 décembre, la ministre de la Santé Anne McLellan a rencontré ses homologues provinciaux pour discuter du rapport Romanow, et des négociations sont entamées. Selon Health Edition, aucun ministre n’a mis à l’ordre du jour le concept d’un conseil de la santé du Canada, bien que ce dernier soit mentionné 10 fois dans les 47 recommandations du rapport. Les ministres provinciaux ont obtenu l’autorisation de permettre aux provinces et territoires d’utiliser les fonds fédéraux pour aborder leurs propres priorités, plutôt que des programmes ciblés mentionnés par Romanow. Toutefois, les priorités communes ont fait l’objet d’une entente et formeront le cadre du financement fédéral. Les priorités communes sont les soins primaires, les soins à domicile, la santé mentale communautaire, un mode de vie sain, les ressources humaines, la pharmaceutique, la santé autochtone, le matériel diagnostique médical et autre. Les ministres de la Santé ont accepté de rédiger un ensemble de principes ou de buts pour chaque priorité. Reproduit avec la permission du ministre des Travaux publics et Services gouvernementaux 2002, et par courtoisie du Bureau du Conseil privé. |