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L’évaluation normalisée et clinique des mécanismes de défense : revue critique de 6 outils quantitatifs

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Article de synthèse 

L’évaluation normalisée et clinique des mécanismes de défense : revue critique de 6 outils quantitatifs 

Charlotte Soultanian, MD1, Roland Dardennes, MD2, Stéphane Mouchabac, MD3, Julien Daniel Guelfi, MD2

 

Contexte : Le concept de mécanisme de défense (MD) remonte aux fondements de la psychanalyse et en constitue un des piliers théoriques. Plus récemment, en raison de l’introduction de cette notion dans une rubrique expérimentale des classifications catégorielles, les MD sont devenus un nouveau champ à explorer dans le domaine de la recherche et de la communication scientifique. L’augmentation du nombre d’études prenant en compte les MD est allée de pair avec l’élaboration d’échelles d’évaluation clinique plus utilisables que les tests projectifs. Il n’existe à notre connaissance aucune analyse comparative de ces outils. 

Objectif : Nous décrivons dans un premier temps le mode d’utilisation et les qualités métrologiques des échelles les plus récentes. Nous proposons ensuite les avantages et les limites de ces instruments d’évaluation clinique. Ce travail vise à aider les cliniciens chercheurs dans le choix de l’outil le plus adapté à leur protocole. 

Méthode : Nous présentons les outils suivants au moyen d’une revue de la documentation :  Defense Mechanism Inventory, Defense Mechanism Profile, Defense Style Questionnaire (DSQ), Defense Mechanism Rating Scale, Life Style Index, Response Evaluation Measure. 

Conclusion : L’utilisation des échelles cliniques comprend de nombreuses limites liées au concept de MD. Néanmoins, leur faisabilité et leur validité en justifient l’emploi. Les avantages du DSQ ressortent du fait de ses nombreuses qualités; néanmoins les spécificités des autres instruments restent à considérer en fonction des protocoles envisagés. 

(Rev can psychiatrie 2005;50 : 792–801)

Cliqueter ici pour les affiliations d'auteur.  

Implications cliniques 

  • Gain de temps, d’efficacité et de rigueur dans l’évaluation des MD 

  • Choix d’une échelle métrologiquement fiable et intéressante pour l’évaluation des mécanismes de défense en recherche clinique 

  • Choix de l’échelle la plus adaptée à l’évaluation des mécanismes de défense pour l’inclusion d’un nouvel axe de fonctionnement défensif dans le DSM 

Limitations 

  • Mesure d’un concept non consensuel 

  • Évaluation de mécanismes psychiques inconscients par l’intermédiaire de leurs manifestations comportementales 

  • Données non publiées pour certaines échelles. 

mots clés: mécanismes de défense, psychométrie, échelles d’évaluation clinique 

Abstract : Standardized and clinical evaluation of defense mechanisms: a critical review of 6 quantitative tools



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Dans le vocabulaire de la psychanalyse (1), « la défense constitue l’ensemble des opérations dont la finalité est de réduire ou de supprimer toute modification susceptible de mettre en danger l’intégrité et la constance de l’individu biopsychologique ». Ce concept a été introduit par Freud en 1884 (2) puis enrichi par A Freud (3,4), M Klein (5) et d’autres. Il reste hétérogène tant sur le plan de la définition que sur le nombre des mécanismes décrits. Plus récemment, les classifications catégorielles (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders: DSM et la Classification internationale des maladies de l’OMS : CIM) ont donné lieu à une terminologie commune, nécessaire à la recherche et à la communication scientifique. Pour le DSM-IV, « les MD sont des processus psychologiques automatiques qui protègent l’individu de l’anxiété ou de la perception de dangers ou de facteurs de stress internes ou externes. Les individus n’ont généralement pas conscience de ces processus lorsqu’ils sont à l’Éuvre » (6). L’origine, le développement et l’évolution des MD sont mal connus ainsi que les liens existant entre eux. 

L’évaluation des MD a longtemps reposé sur la clinique (7), puis sont apparus des tests projectifs proches de la méthode psychanalytique, comme le TAT (8), le test des taches d’encre de Rorschach (9), la Lerner Defense Scale (10), la Rorschach Defense Scale (11), le Test de la patte noire (12), Cramer’s Defense Mechanisms (13), la DMT (14), Defense Mechanism Technique (15–17). La qualité de ces tests réside dans l’évaluation « in vivo » des MD au moyen des réactions observées par l’examinateur. Néanmoins, le matériel proposé est ambigu, le temps de passation est long, l’analyse des résultats est dépendante de l’opérateur. Ces inconvénients posent souvent des problèmes de faisabilité en clinique ou dans la recherche. 

Les premières échelles cliniques reposent sur l’expérience empirique de leurs auteurs et ne permettent pas de regroupement défensif. Elles sont peu utilisées, les plus connues sont l’épreuve de Rosenzweig en 1950 (18), la Blacky DPI en 1956 (19) et la Byrne’s Repression Sensitization Scale en 1963 (20). Ensuite, d’autres outils ont été élaborés comme le DMI (21), le DMP (19), le DSQ)(22), la DMRS (23), le LSI (19), et la REM-71 (24). Nous avons choisi d’exposer ces 6 échelles cliniques, les plus récentes et les plus utilisées. 

Nous étudierons leurs qualités métrologiques (sensibilité, reproductibilité, validité) et discuterons des limites des évaluations liées au concept de MD. 

Cette analyse descriptive et comparative doit permettre aux cliniciens chercheurs qui souhaitent évaluer les MD de choisir l’échelle la plus adaptée à leur protocole, en fonction des avantages et des inconvénients de chacune. 

Critères d’évaluation de la qualité d’une échelle clinique 

Une échelle clinique doit répondre à plusieurs critères de qualité (25,26). 

Sa sensibilité reflète sa capacité à différencier 2 sujets utilisant un MD à une fréquence différente. 

Une échelle est fidèle (reproductible) si elle fournit des résultats identiques pour un même sujet dont les MD restent stables. Le test est appliqué 2 fois de suite (fidélité temporelle) ou par 2 examinateurs différents (fidélité inter-juges). 

Elle est valide si elle mesure effectivement les MD. La validité apparente traduit la pertinence subjective à l’examen de l’échelle. Des experts déterminent la validité de contenu par la correspondance entre les items proposés et les MD recherchés. La validité de construction directe vérifie, par exemple, que telle personnalité pathologique utilise de façon préférentielle tel MD (comme la tendance projective des sujets souffrant de paranoïa). La validité concourante vérifie que les résultats de différents tests (DSQ et DMRS), censés mesurer le même phénomène, sont corrélés entre eux de façon statistiquement significative. 

La cohésion interne d’une échelle reflète l’homogénéité des divers items qui la constituent (coefficient alpha de Cronbach). 

L’analyse factorielle superpose la structure définie par le calcul statistique et celle définie par les auteurs de l’échelle. Les différents items évaluant un MD devraient faire partie d’un seul facteur statistique. 

Les différents outils d’évaluation des MD (tableau 1)

Tableau 1 : Récapitulatif des caractéristiques des 6 outils d’évaluation psychométrique des mécanismes de défense 


Outil 

DMI 

DMP 

DSQ–88/40 

DMRS 

LSI 

REM–71 


Année 

1969 

1982 

1983 

1993 

1990 

1995 

2001 

Auteurs 

Gleser G C 

Ihilevich D 

Johnson N 

Bond M D, Gardner S T, Christian J and Sigal J Andrews G, Singh M, Bond M D 

Perry JC 

Plutchik R 

Steiner H 

Koopman C 

Autoquestionnaire 

 

Rapidité 

– 

– 

– 

Nombre d’items 

240 

40 

88/40 

 

97 

71 

Validité 

 

 

Apparente 

Contenu 

 

Concourrante 

   

   

Construction 

Reproductibilité 

 

Stabilité temporelle 

2 mois 

3 mois 

18 mois 

 

5 mois 

 

Consistance interne (alpha) 

0.6–0.8 

 

0.8 

 

0.3–0.8 

 

Nombre de défenses testées 

15 

14 

24/20 

28 

21 

Traductions 

   

Français 

Italien 

Français 

Norvégien 

Hébreu, Russe 

Allemand 

 

Données normatives 

– 

Particularités 

 

Choix ouvert 

 

video 

ODF 

Profil des MD utilisés 

Adolescent
parents 

Enfant (école élémentaire) 

Publications (références) 

21, 27, 29 

Non publiées 

 22, 31–54 

9, 55–64 

9, 65–67 

68–69 

Defense Mechanism Inventory

En 1962, Gleser et Ihievich ont élaboré un autoquestionnaire de 240 items. Si les définitions à la base de leur classification des MD sont d’origine psychodynamique, un des buts des auteurs était d’explorer la relation entre les défenses et les styles cognitifs. Cet outil teste 15 défenses. L’analyse factorielle identifie 5 facteurs distincts (tableau 2). Le sujet lit 12 vignettes racontant des histoires qui explorent 6 « champs conflictuels ». Quatre questions sont posées concernant chaque histoire et pour chaque question, il est proposé 5 items différents (choix forcé). Ainsi, une des histoires a pour thème conflictuel l’indépendance : un étudiant part avec sa tante et son oncle, il pleut et ces derniers insistent pour qu’il reporte la date de son départ. A la question : « Que penseriez-vous dans cette situation? », le sujet peut choisir l’item en rapport avec le MD, soit se tourner contre l’objet : « Pourquoi ne se taisent-ils pas et ne me laissent-ils pas? » (Note 1) (21–27). Après la cotation, on compare les résultats avec des données normatives. On obtient un profil à 1 point si un MD prédomine par rapport à la norme des adultes et un profil à 2 points si 2 MD sont au-dessus de la norme. 


Tableau 2  Analyse factorielle des 6 échelles psychométriques de défenses (note 1) 


Échelles 

Nombre de MD a priori 

Résultats selon l’analyse factorielle 


DMI 

15 

  • se tourner contre l’objet : TAO : turning against object 
  • projection : PRO : projection 
  • jouer sur les principes : PRN : principalisation 
  • se tourner contre soi : TAS : turning against self 
  • renversement : REV : reversal  

DMP 

14 

  • réducteur de tension 
  • défense archaïque 
  • défense intermédiaire 
  • défense avancée 

DSQ-88 

   

DSQ-40 

   

24 

   

20 

   

F1 : Modèle d’action inadapté 
F2 : Distorsion de l’image 
F3 : Sacrifice de soi 
F4 : Style adapté 

F1 : immature 
F2 : névrotique 
F3 : mature 

DMRS 

Ed3 : 22 

Ed4 : 30 

Ed5 : 28 

Ed3 : immature/névrotique 

Ed4 : + mature 

Ed 5 : du plus mal au mieux adapté 

1.    Action (action) 

2.    État limite (border line) 

3.    Désaveu (disavowal) 

4.    Narcissique (narcissistic) 

5.    Autre névrotique (other neurotic) 

6.    Obsessionnel (obsessional) 

7.    Mature (mature) 

LSI 

16 

 

REM-71 

21 

Solution à 2 facteurs (retenue par les auteurs) 

F1 : 14 MD ; F2 : 7 MD 

Solutions à 3 facteurs : 

F1 : 11 MD ; F2 : 5 MD; F3: 4 MD 

Plusieurs études ont montré la validité de cette échelle. Cinq psychologues ont nommé les 6 aires conflictuelles explorées et ont  relié les items aux MD qu’ils étaient censés étudier. Le fort pourcentage d’accords trouvé entre les résultats des psychologues et ceux escomptés a été amélioré par une résolution des ambiguïtés dévoilées lors de la passation de la première version du test par 42 sujets. La version révisée a alors bénéficié d’une nouvelle épreuve de validation de contenu. Un autre groupe de cliniciens a relié avec succès chacune des réponses au MD correspondant. Pour les auteurs, le choix forcé permet de limiter la variance due aux biais de réponse. La validité de construction est assurée par l’étude de la convergence des MD avec d’autres variables cliniques (dépendance/indépendance, estime de soi, anxiété…) ou avec les comportements, la cognition et l’affect (19). 

La reproductibilité a été vérifiée par le calcul de la cohésion interne chez des femmes et des hommes (a = 0,61 à 0,81) et de la stabilité temporelle sur des périodes allant de 2 semaines à 12 mois (19). 

Le DMI a fait l’objet de plus de 40 publications dans le domaine de la psychothérapie, de l’évaluation de l’évolution des MD en psychanalyse (28,29), des liens avec des maladies psychosomatiques ou avec les troubles de la personnalité (19). Enfin, le DMI a été utilisé en vue d’une classification des MD chez les écoliers (30). 

Defense Mechanism Profile 

En 1982, Johnson s’est inspiré des concepts psychanalytiques pour élaborer un autoquestionnaire de 40 items : le DMP. Il favorise une évaluation personnalisée grâce au système des items à choix ouvert. Les réponses aux items permettent d’explorer 14 MD classés hiérarchiquement en 4 catégories (tableau 2). Johnson admet que certains MD, comme le clivage ou la projection, ne peuvent pas ètre évalués par cet outil. 

La première version à choix ouvert (DMP-I) comprend 40 phrases. Chaque phrase décrit une situation psychologiquement inconfortable ou une émotion stressante et stimule par là même un conflit psychique. Le sujet complète chaque fin de phrase en indiquant ce qu’il ferait alors, par exemple : « Quand je suis vraiment inquiet, je… » 

La deuxième version à choix fermé (DMP-II) a été créée pour souligner l’intérêt du choix ouvert. Le sujet répond aux mêmes items que le DMP-I en choisissant parmi 5 propositions illustrant une réaction possible à la situation. 

Pour le DMP-I, le lien entre la réponse et le MD est établi grâce à un manuel de cotation qui comprend les définitions des concepts utilisés, avec des exemples de comportements leur correspondant. L’analyse statistique permet ensuite de dégager quels sont les mécanismes les plus employés. 

Deux études non publiées représentent un début d’études de validation pour le DMP-I. D’une part, parmi 20 couples mariés, l’un des 2 époux a indiqué la réponse qu’il imagine que le conjoint donnerait. D’autre part, 23 étudiants ont rempli en parallèle le DMP et un journal intime d’un mois retraçant des événements stressants de leur vie, les comportements et les émotions correspondantes. La convergence des réponses entre les époux, le DMP et le journal est en faveur de la validité apparente du DMP-I. Enfin, la validité de contenu a été explorée par 4 experts. Ils ont attribué 20 réactions possibles aux situations du DMP-I au MD correspondant à la définition du manuel, avec un taux de réussite voisin de 95 %. 

Une fidélité inter-juges suffisamment bonne nécessite un entraînement de 4 à 6 semaines pour que les taux d’accords avec le manuel soient de 80 %. Quatre études test–retest ont montré la stabilité des résultats pour un intervalle de 3 semaines chez des étudiants, des adolescents ou des adultes, et de 3 mois chez des étudiants en psychologie (19). 

Cet outil offre un profil normal distinct de celui des patients souffrant de schizophrénie ou présentant des troubles de l’humeur. Enfin, 2 études concernaient les abus de substances : alcool ou drogue. Ces recherches sont issues de l’équipe de l’auteur de l’échelle (19). 

Defense Style Questionnaire 

Le DSQ a été élaboré par Bond et autres en 1983, dans une première version destinée à élargir le champ des MD testés. Les auteurs se sont appuyés sur des bases théoriques psychanalytiques, mais ont aussi traité des MD cités dans le DSM-III-R (à la différence du DMI) et de ceux décrits chez les sujets limites ou borderline. La version à 88 items (DSQ-88) explore 24 MD (22). Une version à 72 items (DSQ-72) (31) et une autre à 40 items (DSQ-40) (32), qui testent 20 MD, ont été publiées par la suite. 

Les items proposent des manifestations comportementales correspondant à l’échec des MD dans des situations hypothétiques. Ainsi, pour la projection, « les gens ont tendance à me maltraiter » (Note 2). Pour le DSQ-88, le sujet répond à la proposition sur une échelle de 9 degrés allant de « pas du tout d’accord » = 1 à « tout à fait d’accord » = 9. Ensuite, une analyse factorielle permet le regroupement des défenses en 4 styles défensifs distincts. La version à 40 items explore 3 styles défensifs distincts (tableau 2). 

Plusieurs études montrent la validité de contenu et de construction du DSQ-88. Des experts ont relié les items du DSQ aux MD en fonction de leur définition (telle qu’elle a été retenue dans le DSM-IV, par exemple). Seulement 5 items ne sont pas consensuels, 3 ont été éliminés et 2 reformulés (33). Par ailleurs, la corrélation témoins–MD matures et patients–MD immatures montre que les styles défensifs du DSQ correspondent bien à une réalité clinique (34). L’étude prospective sur 40 ans chez 307 sujets de Vaillant (1986) retrouve les mêmes styles défensifs que l’on utilise dans une évaluation clinique ou le DSQ (35). En outre, il existe une corrélation positive entre les résultats du DSQ et ceux obtenus au moyen de la DMRS ou des scores de Loevinger ou de l’Ego strength test (19). Enfin, un test–retest à 6 mois a montré une bonne stabilité temporelle du DSQ-88. 

En ce qui concerne le DSQ-40, une étude comparative des résultats obtenus avec l’évaluation au moyen du DSQ-72 ou du DSQ-40 montre des résultats similaires. Par ailleurs, la cohésion interne a= 0,8 a été montrée dans une étude normative concernant le DSQ-40 (36). Un test–retest à 18 mois pour le DSQ-40 montre une corrélation des résultats à 71 % pour les MD matures et à 60 % pour les MD immatures. 

Le DSQ a été utilisé dans de nombreux domaines et est disponible en langue française (33–37) et italienne (38) On le retrouve dans l’analyse des MD des états limites (39,40), l’évaluation des psychothérapies (41), l’environnement familial (42), les adolescents (43–48), les relations entre MD et trouble de la personnalité (49,50), la dépression (51–54). 

Defense Mechanism Rating Scale 

JC Perry a développé un intérêt pour les MD et les mécanismes d’adaptation à l’occasion de ses travaux avec Vaillant en 1971, 1976, et 1977 (19). Il a mis au point dès 1980 un instrument de mesure applicable à de plus vastes données qu’un nombre défini de situations de vie proposées au patient, notamment lors d’entretiens psychodynamiques enregistrés. 

Après nombre de remaniements, il a proposé une cinquieme version en 1990. Cet hétéroquestionnaire permet d’évaluer 28 MD qui correspondent à 7 catégories distinctes selon l’analyse factorielle (tableau 2). 

Dans un premier temps les sujets ont un entretien enregistré, de type psychodynamique, durant environ 1 heure; ensuite, des cotateurs remplissent un questionnaire à l’aide d’un manuel méthodologique qui comporte la définition des MD, leur fonction, ainsi que le diagnostic différentiel avec les autres MD (19). 

Les résultats permettent une évaluation qualitative des MD pendant les 2 dernières années. De plus, l’application d’un niveau de maturité (de 1 à 7) aux résultats obtenus donne un aperçu du niveau de fonctionnement, c’est le ODF. Enfin, on comptabilise le nombre de fois où le MD a eu une traduction clinique durant l’entretien. 

La validité concourante entre le DSQ et la DMRS a été établie grâce à une étude comparative comprenant 156 sujets (55). 

Perry et Cooper ont testé la reproductibilité de l’évaluation qualitative avec 2 groupes de cotateurs. Ils ont coté 46 vidéos de 50 minutes à l’aveugle, puis un consensus a été établi lors de la mise en commun des résultats (56). La fidélité inter-juges s’est avérée significative à l’occasion d’une étude pilote, lors des 2 premiers entretiens des psychothérapies (23). Perry a également montré en 1993 qu’un apprentissage et un entraînement à la cotation au moyen du manuel accroissent la fidélité. 

La DMRS a été utilisée dans le domaine de la dépression et de la dysthymie (57,58), dans une étude comparant les MD des sujets présentant une personnalité état limite et antisociale (59). Il existe aussi des études concernant les psychothérapies (60–62) ou l’ajout d’un axe MD au DSM (63). La DMRS est désormais disponible en français (64) et en italien (62). 

Life Style Index 

Le LSI a été élaboré par R Plutchik et autres en 1995 (19). Les auteurs se sont inspirés des théories freudiennes pour définir les MD inconscients. Le but de ce nouvel outil était de mesurer les MD utilisés et de mettre en évidence les relations entre ces derniers. Une revue de la documentation psychanalytique, psychiatrique et psychologique a permis de sélectionner 224 items traduisant les manifestations conscientes de 16 MD. Après analyse psychométrique sur différents échantillons, la version finale a été établie sous la forme d’un autoquestionnaire de 97 items reflétant 8 MD, avec un choix fermé de réponses par oui ou non. Par exemple, pour le refoulement : « Je me souviens rarement de mes rêves » (Note 1). 

Les résultats sont reportés sur un diagramme circulaire où figurent les 8 MD testés. Le schéma obtenu correspond à un profil des MD utilisés. 

Plutchik et autres ont montré que le coefficient alpha variait entre 0,3 et 0,86. Une étude test–retest a montré une bonne reproductibilité à 5 mois. La validité a principalement été montrée au moyen d’études reposant sur la convergence entre les résultats des tests et les données cliniques (65,66). 

Le LSI a été traduit en russe (LR Grebennikov, communication personnelle, 1992), en hébreu (A Apter, communication personnelle, 1992) (19), en allemand et en norvégien (IM Endresen) (67). Il a été utilisé au sein d’une population de sujets normaux afin d’établir des données normatives. Par la suite, l’équipe de Plutchik a travaillé chez des patients souffrant de schizophrénie, de dépression majeure, d’alcoolisme ou présentant des comportements suicidaires (65, 66). 

Response Evaluation Measure 

H Steiner, K Araujo et C Koopman ont publié la REM-71 en 2001. Peu d’outils préexistants paraissaient applicables à une population adolescente (24). Les auteurs ont défini les défenses comme des réactions inconscientes formant une interface entre les traits innés de tempérament et des stratégies adaptatives apprises. 

Cet autoquestionnaire de 71 items évalue 21 MD. Il a été élaboré à partir du DSQ. Les items ont été modifiés afin d’en réduire les ambiguïtés, d’autres ont été créés. Par exemple, pour le passage à l’acte : « Quand j’en ai marre je fais des choses sans réfléchir » (Note 1). Les sujets doivent répondre sur une échelle de 1 à 9, de « pas du tout d’accord » = 1 à « tout à fait d’accord » = 9. 

Une analyse factorielle a abouti à 2 solutions à 2 et à 3 facteurs (tableau 2). Celle à 2 facteurs a été préférée pour des raisons d’ordre statistique. La validité de construction a été montrée par 2 chercheurs qui ont relié chaque item à un MD avec succès. Une étude concernant la corrélation entre les MD et l’appréciation personnelle du fonctionnement psychosocial dans le domaine familial, des amis et du travail a mis en évidence une bonne validité apparente. La stabilité temporelle n’a pas été testée à notre connaissance. 

L’utilisation de la REM-71 a permis d’évaluer les MD en fonction de l’âge et du sexe au sein d’une population de sujets normaux composée de 2 groupes d’étudiants (au total 1 487) entre 13 et 20 ans et d’une cohorte de 388 adultes entre 20 et 89 ans. 

Depuis peu, il existe aussi une version pour les parents (REM-P) qui répondent en fonction des réactions qu’ils observent chez leur(s) enfant(s) ainsi que 2 versions en autoquestionnaire pour les enfants de l’école primaire (REM-Y) (68). Ce test a été utilisé chez les adolescents délinquants (69). 

Discussion 

La revue de la documentation sur les 6 outils montre que la normalisation de l’évaluation des MD constitue un progrès pour la recherche en psychopathologie et l’orientation thérapeutique de certaines pathologies. Les items des autoquestionnaires proposés au patient ont un sens commun et objectif, et la cotation en est facile et reproductible. Le nombre des publications à ce sujet, ces dernières années, témoigne de l’intérêt de la diffusion de ces concepts à un plus grand nombre de cliniciens. 

De nombreux critères permettent de choisir l’outil à utiliser dans un protocole. Concernant les qualités métrologiques, l’absence d’outil standard de référence limite les études de validation. Par ailleurs, le caractère potentiellement évolutif des MD, selon certains auteurs, rend les études de reproductibilité difficiles (tableau 1). La facilité d’utilisation, le gain de temps et le prix de revient sont plutôt en faveur des autoquestionnaires avec traitement statistique. Pour les pays francophones, on préfère donc le DSQ traduit en français (33, 37). En effet, les nombreuses études de validité et de reproductibilité publiées dans des revues internationales (34–36), et le recul en égard aux études déjà réalisées (37–54) sont en faveur d’une bonne fiabilité. Cet outil permet également, après analyse factorielle des 24 MD évalués, de révéler 3 ou 4 dimensions stables et cliniquement significatives. Cependant, la DMRS traduite en français (64) offre la possibilité d’une évaluation qualitative et quantitative plus proche de l’exploration « in vivo » des MD, avec une validité et une fiabilité tout à fait comparable au DSQ (55–64). Si la logistique complexe de l’enregistrement vidéo nécessaire est possible, il est particulièrement indiqué de l’utiliser pour l’évaluation des psychothérapies. Par ailleurs, la REM-71 a un intérêt particulier pour les études portant sur des enfants ou des adolescents. Elle offre l’avantage d’une hétéroévaluation par les parents (REM-P), mais des études de validité complémentaires et un recul plus important quant à l’utilisation de cet outil restent néanmoins nécessaires (68,69). Enfin, le choix peut se faire en fonction des MD testés par chaque outil selon les objectifs recherchés (tableaux 2 et 3). 

Tableau 3  Comparaison des MD évalué par les différents outils présentés  


Mécanismes de défense 

DMI 

DMP 

DSQ-88 

DSQ-40 

DMRS 

LSI 

REM-71 

DSM-IV 


Activité 

   

         

Affirmation de soi 

       

   

Agression passive (retournement contre soi) 

 

 

Altruisme 

 

 

Annulation 

 

Anticipation 

   

   

Sadisme 

             

Capacité de recours à autrui 

   

 

   

Clivage 

   

 

Compensation 

 

     

   

Consommation 

   

         

Conversion 

           

 

Déni névrotique mineur 

déni psychotique 

             

Déplacement 

 

Dépréciation 

   

+(1) 

   

Dissociation 

     

 

Distorsion psychotique 

       

   

Expulsion physique 

 

           

Expulsion verbale 

 

           

Formation réactionnelle 

Humour 

   

 

Hypochondrie 

   

     

Idéalisation 

   

 

ID identification projective 

 

 

   

Incorporation indirecte 

 

           

Incorporation physique 

 

           

Inhibition 

 

         

Intellectualisation 

(+) 

   

Introspection 

       

   

Isolation 

 

   

Masochisme 

             

Omnipotence 

   

+(2) 

 

 

Passage à l’acte 

   

 

Pessimisme 

             

Plainte avec demande et rejet d’aide 

   

       

Projection 

 

Projection délirante 

             

Rationalisation 

 

   

Refoulement 

       

Régression 

   

   

   

Répression 

 

   

Retrait apathique 

 

     

Rêverie autistique 

   

 

Sublimation 

   

 

Substitution 

 

           

Nombre de défenses explorées 

15 

14 

24 

20 

28 

21 

31 

Cependant, l’évaluation psychométrique des MD a de nombreuses limitations d’ordre général : l’ambiguïté de l’autoévaluation des fréquences des comportements; « la désirabilité sociale » qui se traduit par une auto-attribution de qualités socialement désirables (70); la tendance à l’acquiescement quand les sujets sont hésitants ou ne savent pas répondre. D’autres limites sont plus spécifiques au concept de MD et déjà explorées en partie par certains auteurs comme K Davidson (71). La mesure d’un concept définissant des processus inconscients induit de passer par des « comportements défensifs » qui pourraient représenter une stratégie d’adaptation, ce qui nous placerait dans un registre théorique différent du modPle analytique. Les items proposés dans les autoquestionnaires peuvent ne pas représenter des événements stressants et ne pas correspondre à la définition de MD. Pour répondre, les sujets doivent avoir conscience de leur façon habituelle de réagir aux stress. Un déni peut constituer un biais que certains ont pallié en adaptant le questionnaire à l’entourage (REM-71 P) (68). Par ailleurs, une évaluation en dehors du cadre d’une séance psychanalytique (soit en dehors du transfert) peut paraître discutable, voire hérétique pour certains, notamment parce que la quantification des MD n’en traduit pas le caractère rigide ou l’utilisation massive qui pourtant définit leur caractère pathologique. 

Conclusion 

La pertinence de l’évaluation clinique des MD a été largement critiquée dans la documentation, du fait des caractéristiques psychométriques des échelles et du concept psychanalytique de MD en tant que processus inconscient non consensuel. Néanmoins, il ne faut pas occulter l’apport de théories plus récentes. Pour Vaillant, les MD sont des « métaphores de processus cognitifs complexes, dont l’usage ne doit pas être exclusif à la clinique psychanalytique ». Les questionnaires constituent un gain de temps, d’efficacité, voire de rigueur dans l’avancée de ces domaines par rapport à l’évaluation clinique. 

De nombreux sujets ont déjà fait l’objet d’études. Le débat sur l’inclusion ou non d’un axe supplémentaire spécifique aux MD dans le DSM offre l’occasion d’un progrès conceptuel en la matière. Néanmoins, plusieurs questions restent ouvertes avant la réalisation de cet axe. Elles portent sur la meilleure méthode d’évaluation des MD, la nécessité d’une formation, l’utilité de la connaissance des MD pour les cliniciens non psychanalystes, l’apport d’informations supplémentaires à celles déjà contenues dans le DSM-IV, les preuves de la validité du concept de mode de fonctionnement défensif. Cependant, l’intérêt heuristique de ce concept devrait stimuler la réalisation de travaux empiriques sur une grande échelle. 

Remerciements 

Nous remercions les Drs Baylé, Despland, Plutchick, Steiner et Hanin. 

Notes 

1. Traduction de l’auteur 

2. Traduction de Guelfi et autres 


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