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Article de synthèseLévaluation normalisée et clinique des mécanismes de défense : revue critique de 6 outils quantitatifs
![]() Dans le vocabulaire de la psychanalyse (1), « la défense constitue lensemble des opérations dont la finalité est de réduire ou de supprimer toute modification susceptible de mettre en danger lintégrité et la constance de lindividu biopsychologique ». Ce concept a été introduit par Freud en 1884 (2) puis enrichi par A Freud (3,4), M Klein (5) et dautres. Il reste hétérogène tant sur le plan de la définition que sur le nombre des mécanismes décrits. Plus récemment, les classifications catégorielles (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders: DSM et la Classification internationale des maladies de lOMS : CIM) ont donné lieu à une terminologie commune, nécessaire à la recherche et à la communication scientifique. Pour le DSM-IV, « les MD sont des processus psychologiques automatiques qui protègent lindividu de lanxiété ou de la perception de dangers ou de facteurs de stress internes ou externes. Les individus nont généralement pas conscience de ces processus lorsquils sont à lÉuvre » (6). Lorigine, le développement et lévolution des MD sont mal connus ainsi que les liens existant entre eux. Lévaluation des MD a longtemps reposé sur la clinique (7), puis sont apparus des tests projectifs proches de la méthode psychanalytique, comme le TAT (8), le test des taches dencre de Rorschach (9), la Lerner Defense Scale (10), la Rorschach Defense Scale (11), le Test de la patte noire (12), Cramers Defense Mechanisms (13), la DMT (14), Defense Mechanism Technique (1517). La qualité de ces tests réside dans lévaluation « in vivo » des MD au moyen des réactions observées par lexaminateur. Néanmoins, le matériel proposé est ambigu, le temps de passation est long, lanalyse des résultats est dépendante de lopérateur. Ces inconvénients posent souvent des problèmes de faisabilité en clinique ou dans la recherche. Les premières échelles cliniques reposent sur lexpérience empirique de leurs auteurs et ne permettent pas de regroupement défensif. Elles sont peu utilisées, les plus connues sont lépreuve de Rosenzweig en 1950 (18), la Blacky DPI en 1956 (19) et la Byrnes Repression Sensitization Scale en 1963 (20). Ensuite, dautres outils ont été élaborés comme le DMI (21), le DMP (19), le DSQ)(22), la DMRS (23), le LSI (19), et la REM-71 (24). Nous avons choisi dexposer ces 6 échelles cliniques, les plus récentes et les plus utilisées. Nous étudierons leurs qualités métrologiques (sensibilité, reproductibilité, validité) et discuterons des limites des évaluations liées au concept de MD. Cette analyse descriptive et comparative doit permettre aux cliniciens chercheurs qui souhaitent évaluer les MD de choisir léchelle la plus adaptée à leur protocole, en fonction des avantages et des inconvénients de chacune. Critères dévaluation de la qualité dune échelle cliniqueUne échelle clinique doit répondre à plusieurs critères de qualité (25,26). Sa sensibilité reflète sa capacité à différencier 2 sujets utilisant un MD à une fréquence différente. Une échelle est fidèle (reproductible) si elle fournit des résultats identiques pour un même sujet dont les MD restent stables. Le test est appliqué 2 fois de suite (fidélité temporelle) ou par 2 examinateurs différents (fidélité inter-juges). Elle est valide si elle mesure effectivement les MD. La validité apparente traduit la pertinence subjective à lexamen de léchelle. Des experts déterminent la validité de contenu par la correspondance entre les items proposés et les MD recherchés. La validité de construction directe vérifie, par exemple, que telle personnalité pathologique utilise de façon préférentielle tel MD (comme la tendance projective des sujets souffrant de paranoïa). La validité concourante vérifie que les résultats de différents tests (DSQ et DMRS), censés mesurer le même phénomène, sont corrélés entre eux de façon statistiquement significative. La cohésion interne dune échelle reflète lhomogénéité des divers items qui la constituent (coefficient alpha de Cronbach). Lanalyse factorielle superpose la structure définie par le calcul statistique et celle définie par les auteurs de léchelle. Les différents items évaluant un MD devraient faire partie dun seul facteur statistique. Les différents outils d’évaluation des MD (tableau 1)
Defense Mechanism Inventory En 1962, Gleser et Ihievich ont élaboré un autoquestionnaire de 240 items. Si les définitions à la base de leur classification des MD sont dorigine psychodynamique, un des buts des auteurs était dexplorer la relation entre les défenses et les styles cognitifs. Cet outil teste 15 défenses. Lanalyse factorielle identifie 5 facteurs distincts (tableau 2). Le sujet lit 12 vignettes racontant des histoires qui explorent 6 « champs conflictuels ». Quatre questions sont posées concernant chaque histoire et pour chaque question, il est proposé 5 items différents (choix forcé). Ainsi, une des histoires a pour thème conflictuel lindépendance : un étudiant part avec sa tante et son oncle, il pleut et ces derniers insistent pour quil reporte la date de son départ. A la question : « Que penseriez-vous dans cette situation? », le sujet peut choisir litem en rapport avec le MD, soit se tourner contre lobjet : « Pourquoi ne se taisent-ils pas et ne me laissent-ils pas? » (Note 1) (2127). Après la cotation, on compare les résultats avec des données normatives. On obtient un profil à 1 point si un MD prédomine par rapport à la norme des adultes et un profil à 2 points si 2 MD sont au-dessus de la norme.
Plusieurs études ont montré la validité de cette échelle. Cinq psychologues ont nommé les 6 aires conflictuelles explorées et ont relié les items aux MD quils étaient censés étudier. Le fort pourcentage daccords trouvé entre les résultats des psychologues et ceux escomptés a été amélioré par une résolution des ambiguïtés dévoilées lors de la passation de la première version du test par 42 sujets. La version révisée a alors bénéficié dune nouvelle épreuve de validation de contenu. Un autre groupe de cliniciens a relié avec succès chacune des réponses au MD correspondant. Pour les auteurs, le choix forcé permet de limiter la variance due aux biais de réponse. La validité de construction est assurée par létude de la convergence des MD avec dautres variables cliniques (dépendance/indépendance, estime de soi, anxiété ) ou avec les comportements, la cognition et laffect (19). La reproductibilité a été vérifiée par le calcul de la cohésion interne chez des femmes et des hommes (a = 0,61 à 0,81) et de la stabilité temporelle sur des périodes allant de 2 semaines à 12 mois (19). Le DMI a fait lobjet de plus de 40 publications dans le domaine de la psychothérapie, de lévaluation de lévolution des MD en psychanalyse (28,29), des liens avec des maladies psychosomatiques ou avec les troubles de la personnalité (19). Enfin, le DMI a été utilisé en vue dune classification des MD chez les écoliers (30). Defense Mechanism Profile En 1982, Johnson sest inspiré des concepts psychanalytiques pour élaborer un autoquestionnaire de 40 items : le DMP. Il favorise une évaluation personnalisée grâce au système des items à choix ouvert. Les réponses aux items permettent dexplorer 14 MD classés hiérarchiquement en 4 catégories (tableau 2). Johnson admet que certains MD, comme le clivage ou la projection, ne peuvent pas ètre évalués par cet outil. La première version à choix ouvert (DMP-I) comprend 40 phrases. Chaque phrase décrit une situation psychologiquement inconfortable ou une émotion stressante et stimule par là même un conflit psychique. Le sujet complète chaque fin de phrase en indiquant ce quil ferait alors, par exemple : « Quand je suis vraiment inquiet, je » La deuxième version à choix fermé (DMP-II) a été créée pour souligner lintérêt du choix ouvert. Le sujet répond aux mêmes items que le DMP-I en choisissant parmi 5 propositions illustrant une réaction possible à la situation. Pour le DMP-I, le lien entre la réponse et le MD est établi grâce à un manuel de cotation qui comprend les définitions des concepts utilisés, avec des exemples de comportements leur correspondant. Lanalyse statistique permet ensuite de dégager quels sont les mécanismes les plus employés. Deux études non publiées représentent un début détudes de validation pour le DMP-I. Dune part, parmi 20 couples mariés, lun des 2 époux a indiqué la réponse quil imagine que le conjoint donnerait. Dautre part, 23 étudiants ont rempli en parallèle le DMP et un journal intime dun mois retraçant des événements stressants de leur vie, les comportements et les émotions correspondantes. La convergence des réponses entre les époux, le DMP et le journal est en faveur de la validité apparente du DMP-I. Enfin, la validité de contenu a été explorée par 4 experts. Ils ont attribué 20 réactions possibles aux situations du DMP-I au MD correspondant à la définition du manuel, avec un taux de réussite voisin de 95 %. Une fidélité inter-juges suffisamment bonne nécessite un entraînement de 4 à 6 semaines pour que les taux daccords avec le manuel soient de 80 %. Quatre études testretest ont montré la stabilité des résultats pour un intervalle de 3 semaines chez des étudiants, des adolescents ou des adultes, et de 3 mois chez des étudiants en psychologie (19). Cet outil offre un profil normal distinct de celui des patients souffrant de schizophrénie ou présentant des troubles de lhumeur. Enfin, 2 études concernaient les abus de substances : alcool ou drogue. Ces recherches sont issues de léquipe de lauteur de léchelle (19). Defense Style Questionnaire Le DSQ a été élaboré par Bond et autres en 1983, dans une première version destinée à élargir le champ des MD testés. Les auteurs se sont appuyés sur des bases théoriques psychanalytiques, mais ont aussi traité des MD cités dans le DSM-III-R (à la différence du DMI) et de ceux décrits chez les sujets limites ou borderline. La version à 88 items (DSQ-88) explore 24 MD (22). Une version à 72 items (DSQ-72) (31) et une autre à 40 items (DSQ-40) (32), qui testent 20 MD, ont été publiées par la suite. Les items proposent des manifestations comportementales correspondant à léchec des MD dans des situations hypothétiques. Ainsi, pour la projection, « les gens ont tendance à me maltraiter » (Note 2). Pour le DSQ-88, le sujet répond à la proposition sur une échelle de 9 degrés allant de « pas du tout daccord » = 1 à « tout à fait daccord » = 9. Ensuite, une analyse factorielle permet le regroupement des défenses en 4 styles défensifs distincts. La version à 40 items explore 3 styles défensifs distincts (tableau 2). Plusieurs études montrent la validité de contenu et de construction du DSQ-88. Des experts ont relié les items du DSQ aux MD en fonction de leur définition (telle quelle a été retenue dans le DSM-IV, par exemple). Seulement 5 items ne sont pas consensuels, 3 ont été éliminés et 2 reformulés (33). Par ailleurs, la corrélation témoinsMD matures et patientsMD immatures montre que les styles défensifs du DSQ correspondent bien à une réalité clinique (34). Létude prospective sur 40 ans chez 307 sujets de Vaillant (1986) retrouve les mêmes styles défensifs que lon utilise dans une évaluation clinique ou le DSQ (35). En outre, il existe une corrélation positive entre les résultats du DSQ et ceux obtenus au moyen de la DMRS ou des scores de Loevinger ou de lEgo strength test (19). Enfin, un testretest à 6 mois a montré une bonne stabilité temporelle du DSQ-88. En ce qui concerne le DSQ-40, une étude comparative des résultats obtenus avec lévaluation au moyen du DSQ-72 ou du DSQ-40 montre des résultats similaires. Par ailleurs, la cohésion interne a= 0,8 a été montrée dans une étude normative concernant le DSQ-40 (36). Un testretest à 18 mois pour le DSQ-40 montre une corrélation des résultats à 71 % pour les MD matures et à 60 % pour les MD immatures. Le DSQ a été utilisé dans de nombreux domaines et est disponible en langue française (3337) et italienne (38) On le retrouve dans lanalyse des MD des états limites (39,40), lévaluation des psychothérapies (41), lenvironnement familial (42), les adolescents (4348), les relations entre MD et trouble de la personnalité (49,50), la dépression (5154). Defense Mechanism Rating Scale JC Perry a développé un intérêt pour les MD et les mécanismes dadaptation à loccasion de ses travaux avec Vaillant en 1971, 1976, et 1977 (19). Il a mis au point dès 1980 un instrument de mesure applicable à de plus vastes données quun nombre défini de situations de vie proposées au patient, notamment lors dentretiens psychodynamiques enregistrés. Après nombre de remaniements, il a proposé une cinquieme version en 1990. Cet hétéroquestionnaire permet dévaluer 28 MD qui correspondent à 7 catégories distinctes selon lanalyse factorielle (tableau 2). Dans un premier temps les sujets ont un entretien enregistré, de type psychodynamique, durant environ 1 heure; ensuite, des cotateurs remplissent un questionnaire à laide dun manuel méthodologique qui comporte la définition des MD, leur fonction, ainsi que le diagnostic différentiel avec les autres MD (19). Les résultats permettent une évaluation qualitative des MD pendant les 2 dernières années. De plus, lapplication dun niveau de maturité (de 1 à 7) aux résultats obtenus donne un aperçu du niveau de fonctionnement, cest le ODF. Enfin, on comptabilise le nombre de fois où le MD a eu une traduction clinique durant lentretien. La validité concourante entre le DSQ et la DMRS a été établie grâce à une étude comparative comprenant 156 sujets (55). Perry et Cooper ont testé la reproductibilité de lévaluation qualitative avec 2 groupes de cotateurs. Ils ont coté 46 vidéos de 50 minutes à laveugle, puis un consensus a été établi lors de la mise en commun des résultats (56). La fidélité inter-juges sest avérée significative à loccasion dune étude pilote, lors des 2 premiers entretiens des psychothérapies (23). Perry a également montré en 1993 quun apprentissage et un entraînement à la cotation au moyen du manuel accroissent la fidélité. La DMRS a été utilisée dans le domaine de la dépression et de la dysthymie (57,58), dans une étude comparant les MD des sujets présentant une personnalité état limite et antisociale (59). Il existe aussi des études concernant les psychothérapies (6062) ou lajout dun axe MD au DSM (63). La DMRS est désormais disponible en français (64) et en italien (62). Life Style Index Le LSI a été élaboré par R Plutchik et autres en 1995 (19). Les auteurs se sont inspirés des théories freudiennes pour définir les MD inconscients. Le but de ce nouvel outil était de mesurer les MD utilisés et de mettre en évidence les relations entre ces derniers. Une revue de la documentation psychanalytique, psychiatrique et psychologique a permis de sélectionner 224 items traduisant les manifestations conscientes de 16 MD. Après analyse psychométrique sur différents échantillons, la version finale a été établie sous la forme dun autoquestionnaire de 97 items reflétant 8 MD, avec un choix fermé de réponses par oui ou non. Par exemple, pour le refoulement : « Je me souviens rarement de mes rêves » (Note 1). Les résultats sont reportés sur un diagramme circulaire où figurent les 8 MD testés. Le schéma obtenu correspond à un profil des MD utilisés. Plutchik et autres ont montré que le coefficient alpha variait entre 0,3 et 0,86. Une étude testretest a montré une bonne reproductibilité à 5 mois. La validité a principalement été montrée au moyen détudes reposant sur la convergence entre les résultats des tests et les données cliniques (65,66). Le LSI a été traduit en russe (LR Grebennikov, communication personnelle, 1992), en hébreu (A Apter, communication personnelle, 1992) (19), en allemand et en norvégien (IM Endresen) (67). Il a été utilisé au sein dune population de sujets normaux afin détablir des données normatives. Par la suite, léquipe de Plutchik a travaillé chez des patients souffrant de schizophrénie, de dépression majeure, dalcoolisme ou présentant des comportements suicidaires (65, 66). Response Evaluation Measure H Steiner, K Araujo et C Koopman ont publié la REM-71 en 2001. Peu doutils préexistants paraissaient applicables à une population adolescente (24). Les auteurs ont défini les défenses comme des réactions inconscientes formant une interface entre les traits innés de tempérament et des stratégies adaptatives apprises. Cet autoquestionnaire de 71 items évalue 21 MD. Il a été élaboré à partir du DSQ. Les items ont été modifiés afin den réduire les ambiguïtés, dautres ont été créés. Par exemple, pour le passage à lacte : « Quand jen ai marre je fais des choses sans réfléchir » (Note 1). Les sujets doivent répondre sur une échelle de 1 à 9, de « pas du tout daccord » = 1 à « tout à fait daccord » = 9. Une analyse factorielle a abouti à 2 solutions à 2 et à 3 facteurs (tableau 2). Celle à 2 facteurs a été préférée pour des raisons dordre statistique. La validité de construction a été montrée par 2 chercheurs qui ont relié chaque item à un MD avec succès. Une étude concernant la corrélation entre les MD et lappréciation personnelle du fonctionnement psychosocial dans le domaine familial, des amis et du travail a mis en évidence une bonne validité apparente. La stabilité temporelle na pas été testée à notre connaissance. Lutilisation de la REM-71 a permis dévaluer les MD en fonction de lâge et du sexe au sein dune population de sujets normaux composée de 2 groupes détudiants (au total 1 487) entre 13 et 20 ans et dune cohorte de 388 adultes entre 20 et 89 ans. Depuis peu, il existe aussi une version pour les parents (REM-P) qui répondent en fonction des réactions quils observent chez leur(s) enfant(s) ainsi que 2 versions en autoquestionnaire pour les enfants de lécole primaire (REM-Y) (68). Ce test a été utilisé chez les adolescents délinquants (69). DiscussionLa revue de la documentation sur les 6 outils montre que la normalisation de lévaluation des MD constitue un progrès pour la recherche en psychopathologie et lorientation thérapeutique de certaines pathologies. Les items des autoquestionnaires proposés au patient ont un sens commun et objectif, et la cotation en est facile et reproductible. Le nombre des publications à ce sujet, ces dernières années, témoigne de lintérêt de la diffusion de ces concepts à un plus grand nombre de cliniciens. De nombreux critères permettent de choisir loutil à utiliser dans un protocole. Concernant les qualités métrologiques, labsence doutil standard de référence limite les études de validation. Par ailleurs, le caractère potentiellement évolutif des MD, selon certains auteurs, rend les études de reproductibilité difficiles (tableau 1). La facilité dutilisation, le gain de temps et le prix de revient sont plutôt en faveur des autoquestionnaires avec traitement statistique. Pour les pays francophones, on préfère donc le DSQ traduit en français (33, 37). En effet, les nombreuses études de validité et de reproductibilité publiées dans des revues internationales (3436), et le recul en égard aux études déjà réalisées (3754) sont en faveur dune bonne fiabilité. Cet outil permet également, après analyse factorielle des 24 MD évalués, de révéler 3 ou 4 dimensions stables et cliniquement significatives. Cependant, la DMRS traduite en français (64) offre la possibilité dune évaluation qualitative et quantitative plus proche de lexploration « in vivo » des MD, avec une validité et une fiabilité tout à fait comparable au DSQ (5564). Si la logistique complexe de lenregistrement vidéo nécessaire est possible, il est particulièrement indiqué de lutiliser pour lévaluation des psychothérapies. Par ailleurs, la REM-71 a un intérêt particulier pour les études portant sur des enfants ou des adolescents. Elle offre lavantage dune hétéroévaluation par les parents (REM-P), mais des études de validité complémentaires et un recul plus important quant à lutilisation de cet outil restent néanmoins nécessaires (68,69). Enfin, le choix peut se faire en fonction des MD testés par chaque outil selon les objectifs recherchés (tableaux 2 et 3).
Cependant, lévaluation psychométrique des MD a de nombreuses limitations dordre général : lambiguïté de lautoévaluation des fréquences des comportements; « la désirabilité sociale » qui se traduit par une auto-attribution de qualités socialement désirables (70); la tendance à lacquiescement quand les sujets sont hésitants ou ne savent pas répondre. Dautres limites sont plus spécifiques au concept de MD et déjà explorées en partie par certains auteurs comme K Davidson (71). La mesure dun concept définissant des processus inconscients induit de passer par des « comportements défensifs » qui pourraient représenter une stratégie dadaptation, ce qui nous placerait dans un registre théorique différent du modPle analytique. Les items proposés dans les autoquestionnaires peuvent ne pas représenter des événements stressants et ne pas correspondre à la définition de MD. Pour répondre, les sujets doivent avoir conscience de leur façon habituelle de réagir aux stress. Un déni peut constituer un biais que certains ont pallié en adaptant le questionnaire à lentourage (REM-71 P) (68). Par ailleurs, une évaluation en dehors du cadre dune séance psychanalytique (soit en dehors du transfert) peut paraître discutable, voire hérétique pour certains, notamment parce que la quantification des MD nen traduit pas le caractère rigide ou lutilisation massive qui pourtant définit leur caractère pathologique. ConclusionLa pertinence de lévaluation clinique des MD a été largement critiquée dans la documentation, du fait des caractéristiques psychométriques des échelles et du concept psychanalytique de MD en tant que processus inconscient non consensuel. Néanmoins, il ne faut pas occulter lapport de théories plus récentes. Pour Vaillant, les MD sont des « métaphores de processus cognitifs complexes, dont lusage ne doit pas être exclusif à la clinique psychanalytique ». Les questionnaires constituent un gain de temps, defficacité, voire de rigueur dans lavancée de ces domaines par rapport à lévaluation clinique. De nombreux sujets ont déjà fait lobjet détudes. Le débat sur linclusion ou non dun axe supplémentaire spécifique aux MD dans le DSM offre loccasion dun progrès conceptuel en la matière. Néanmoins, plusieurs questions restent ouvertes avant la réalisation de cet axe. Elles portent sur la meilleure méthode dévaluation des MD, la nécessité dune formation, lutilité de la connaissance des MD pour les cliniciens non psychanalystes, lapport dinformations supplémentaires à celles déjà contenues dans le DSM-IV, les preuves de la validité du concept de mode de fonctionnement défensif. Cependant, lintérêt heuristique de ce concept devrait stimuler la réalisation de travaux empiriques sur une grande échelle. RemerciementsNous remercions les Drs Baylé, Despland, Plutchick, Steiner et Hanin. Notes1. Traduction de lauteur 2. Traduction de Guelfi et autres Bibliographie1. Laplanche J, Pontalis JB. Vocabulaire de la psychanalyse. Paris : Presses Universitaires de France; 1967. 2. Freud S. « Les psychonévroses de défense » et « Nouvelles remarques sur les psychonévroses de défense » dans Névrose, psychose et perversion. Paris : Presses Universitaires de France; 1896. 3. Freud A. Le Moi et les mécanismes de défense. Paris : Presses Universitaires de France; 1936. 4. Sandler J. Lanalyse des défenses. Entretiens avec Anna Freud. Paris : Presses Universitaires de France; 1989. 5. Segal H. Introduction à lÉuvre de M Klein. Paris : Presses Universitaires de France; 1980. 6. American Psychiatric Association. Diagnostic and statistical manual of mental disorders 4th ed. Washington (DC): APA; 1994. Traduction française Guelfi JD et autres. Paris : Masson; 1996. 7. Raines GN, Rohrer EH. The operational matrix of psychiatric practice. I. Consistency and variability in interview impressions of different psychiatrists. 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