Book Review
Services
Un jour la santé. Yanick Villedieu. Montréal (QC) : Les Éditions du Boréal; 2002. 316 p. CAN 25,95 $.
Estimation du critique*: excellent
Revue par: Paul Beaudry, MD, FRCP
M. Yanick Villedieu est journaliste scientifique et animateur de l’émission « Les Années-lumière » à Radio-Canada. En 1976, il publiait un livre intitulé Demain la santé dans lequel il brossait un tableau de l’état de santé de la population et du système de santé québécois, à l’époque. Quelques années après l’instauration du régime d’assurance-maladie public et universel, et malgré des investissements massifs dans le secteur de la santé, il concluait que l’état de santé de la population restait stationnaire; que toujours plus d’hôpitaux, de médicaments n’étaient pas synonymes de mieux-être et qu’il « serait plus profitable de planifier la santé que de subventionner la maladie… inventer une nouvelle médecine plus chaleureusement humaine que froidement technologique, sans toutefois perdre les acquis scientifiques sur lesquels elle repose actuellement ». À cette époque, ce livre avait suscité son lot de controverses, surtout de la part de la profession médicale peu habituée aux critiques et remises en question publiques, qui l’accusait d’être anti-médecin.
Vingt-cinq ans plus tard, M. Villedieu récidive avec un deuxième livre sur le même thème, Un jour la santé. Après plusieurs crises et de multiples réformes, réorientations et restructurations, quel est l’état de notre système de santé? Son bilan est le même : « Le virage qui nous ferait mettre le cap sur le mieux-être physique, psychologique et social se fait toujours attendre. Le système semble en crise permanente, touché par un sempiternel malaise, celui du financement. »
Dans les dix-huit chapitres qui constituent ce livre, M. Villedieu analyse de façon systématique et fort bien documentée tous les différents para- mètres biologiques, psychologiques, sociaux, politiques et financiers déterminant le niveau de santé de la population en général, l’évolution des maladies et de leurs traitements, et la planification et l’organisation des soins et services de santé.
Reconnaissant les bonds énormes que la science biologique et la médecine scientifique ont fait au cours du dernier quart de siècle (augmentation de l’espérance de vie, maladies moins dévastatrices, limitations, dysfonction- nements et handicaps de toutes sortes fortement atténués ou réparés, urgences médicales ou chirurgicales, plus particulièrement les accidents avec traumatismes graves mieux traités, meilleure maîtrise de la douleur, prolongation du nombre d’années de vie face à certaines affections graves comme le cancer), M. Villedieu nous rappelle que certaines maladies infectieuses comme le sida ont fait leur apparition et sont à la hausse, de même que l’asthme et les allergies, le diabète, les troubles de l’alimentation, l’obésité, les problèmes de santé mentale, la détresse psychologique des jeunes, les suicides ainsi que les maladies reliées à la dégradation de l’environnement. Citant de nombreuses études fort convaincantes, l’auteur nous montre comment plusieurs de ces affections sont fortement influencées par les déterminants « sociaux » de la santé, tels le niveau de richesse, le niveau d’instruction, les modes de vie et les habitudes personnelles.
Devant l’apparition de ces problèmes de santé chroniques, les besoins médicaux d’une population âgée grandissante et les problèmes reliés aux facteurs socio-économiques et culturels, M. Villedieu prône, comme bien d’autres d’ailleurs, la réorganisation d’un système moins hospitalocentrique. Pour ce faire, il faut miser davantage sur la santé et la prévention, et pas seulement sur le traitement de la maladie; augmenter l’efficacité des services de première ligne en assurant, par l’entremise d’équipes multi- disciplinaires, une rapidité d’accès (le 24/7) et une continuité dans les soins; développer des services bien structurés de soins à domicile et enfin, réintroduire au coeur du système de soins un sens de l’éthique du service public. Considérant la santé comme un bien public, l’auteur défend le maintien d’un système de santé public, gratuit et universel afin de garantir que les enjeux sociaux de la santé (équité et égalité sociale), ne seront pas soumis à une simple logique économique caractéristique du privé.
Sans nier l’importance du curatif et la nécessité de poursuivre les recherches scientifiques, le développement de nouvelles technologies et la mise au point de nouveaux traitements, M. Villedieu nous met en garde contre un activisme technologique, une médecine de l’exploit, qui artificialise le corps humain. Bien que les découvertes biomédicales fondamentales demeurent illimitées, nous serions peut-être en train d’atteindre un certain plateau quant à leur effet réel et mesurable sur la santé de la population.
Ce bref résumé ne rend pas justice à la profondeur, la rigueur et l’efficacité avec lesquelles l’auteur aborde le sujet fort complexe de la santé. Je ne peux qu’en suggérer la lecture à toute personne pour qui la santé et le système de soins d’une société sont une partie fondamentale de son identité.
*Reviewer
Rating Scale/ Échelle dévaluation du réviseur
Excellent / Excellent
Very Good / Très bon
Good / Bon
Fair / Passable
Not recommended / Pas recommandé
|