Letters to the Editor
Attouchements sexuels pratiqués par un adolescent substitué en testostérone
Cher Editeur:
Les anabolisants stéroïdiens sont des médicaments utilisés depuis plus de cinquante ans dans le traitement de nombreuses maladies organiques, dans la contraception masculine mais aussi, autrefois, dans certaines pathologies psychiatriques (1). Plus récemment, des athlètes les ont utilisés pour développer leurs capacités musculaires. Ce nouvel attrait a entraîné aux É.-U. une explosion de la consommation de ces médicaments qui touche non seulement les athlètes mais aussi les lycéens non sportifs (2).
Ce cas clinique rapporte l’apparition de troubles du comportement sexuel chez un adolescent qui souffre d’une insuffisance anté-hypophysaire congénitale substituée en testostérone, et qui se présente spontanément à la consultation alors qu’il fait l’objet d’une inculpation pour des attouchements sexuels sur mineurs.
Fils de médecins, M. X. a eu une enfance et une scolarité sans problème. Son histoire est liée à son déficit hormonal qui a motivé depuis sa toute petite enfance des traitements et des consultations régulières en compagnie de sa mère. 13 ans, son endocrinologue a décidé le déclenchement de sa puberté par l’administration de testostérone (heptylate de testostérone, une injection toutes les semaines). Le patient rapporte avoir alors ressenti une modification de son caractère : agressivité, érections incontrôlées, quasi permanentes, associées à une excitation sexuelle. Ainsi, il s’est mis à demander à son petit frère de lui faire régulièrement des attouchements sexuels pendant tout le temps de la prescription.
A 18 ans, gardant des enfants, il a récidivé sur une petite fille. Ce sont les parents de cette dernière qui ont porté plainte et occasionné la révélation de l’ensemble des troubles, ce qui a entraîné une inculpation et un arrêt de l’heptylate de testostérone pour l’instauration d’un traitement par testostérone undécanoate (1 comprimé par jour).
Le patient est venu spontanément à la consultation pour rechercher un soutien psychologique face à la dureté et la longueur des mesures judiciaires.
L’examen clinique révèle un jeune homme ne présentant ni pathologie psychiatrique, ni trouble de la personnalité apparent. Il s’agit d’une personne calme au fonctionnement opératoire, un peu immature, sans vie sexuelle en dehors des faits incriminés et ayant une difficulté à exprimer des émotions. Il a vécu le changement de traitement comme une libération de cette tension sexuelle incontrôlable, aliénante. Depuis, il dit être soulagé de la disparition totale des troubles qu’il attribue à la testostérone. Il est conscient de ses actes et est impatient du jugement afin de purger sa peine.
Dans le cadre du contrôle judiciaire, le patient vient scrupuleusement et régulièrement à la consultation depuis plus de 5 ans. Il n’a jamais montré le moindre trouble psychiatrique ni le moindre élément révélateur d’un comportement transgressif. Il n’a jamais cherché de bénéfice secondaire à ce travail qui est resté privé.
Au cours de cette période, il est passé progressivement, malgré ses craintes, de un à trois comprimés de Pantestone, ce qui constitue une dose plus optimale pour la prévention du risque d’ostéoporose, sans qu’aucun trouble ne resurgisse. Il s’est aussi intéressé de plus près à sa maladie en participant notamment à un programme de recherche.
Cette observation met de l’avant un trouble du comportement sexuel apparaissant au moment de l’instauration d’un traitement hormonal à un âge où la sexualité est en cours de construction, et disparaissant à l’arrêt de ce traitement, sans que l’on retrouve un terrain prédisposant ni un trouble psychiatrique. Le traitement est conforme aux bonnes pratiques en vigueur (3). L’imputabilité de l’heptylate de testostérone est forte au regard de l’anamnèse et compte tenu du contexte de la collecte des données : un cadre psychothérapique où le patient s’est présenté librement sans recherche de bénéfice secondaire. De plus, d’après le patient, les troubles ont totalement disparu après le changement de traitement, sans aucune raison pharmacologique explicable ou connue avec un recul de presque 3 ans.
Les anabolisants stéroïdiens ont une action psychotrope connue. Différentes études animales ont montré leur effet sur le comportement agressif, sexuel mais aussi de dominance (1). Ils ont été impliquée dans certains troubles du comportement violents ou agressifs chez des sportifs se dopant (4,5). En revanche, il n’existe aucun cas semblable en pharmacovigilance et dans la littérature chez un adolescent substitué. Ce cas clinique incite à avoir une vigilance particulière chez des adolescents substitués.
Bibliographie
1. Bahrke MS, Yesalis CE, Wright JE. « Psychological and behavioral effects of endogenous testosterone and anabolic-androgenic steroids ». Sport Med 1996;22(6).
2. Kochakian C. « The steroids in sports problem », National Steroid Consensus Meeting; 30–31 juillet 1989; Los Angeles (CA).
3. Young J, SCHAISON G. « Diagnostic et traitement des hypogonadismes ». Revue du Praticien 1999;49(12).
4. Brower K, Blow F, Beresford T, and others. « Anabolic-androgenic steroid dependence ». J Clin Psychiatry 1989;50(1):31–3.
5. Pope H, Katz D. « Homicide and near-homicide by anabolic steroid users ». J Clin Psychiatry 1990;51:28–31.
Jean-Christophe Seznec
Le Kremlin Bicêtre, France
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