Electroconvulsivethérapie chez l'adolescent : considérations cliniques à propos d'une série d'observations
Bruno Étain, MD1, Marie-France Le Heuzey, MD2,
Marie-Christine Mouren-Simeoni, MD3

Objectif :  Rapporter les observations de 6 adolescents traités par électroconvulsivothérapie (ECT) et confronter ces données à celles de la documentation.
Méthode :  Nous avons examiné rétrospectivement les dossiers des adolescents traités par ECT et hospitalisés durant les vingt dernières années dans notre service, et avons effectué une recherche informatisée dans plusieurs bases de données (incluant Medline) afin de retrouver les observations rapportées concernant ce traitement.
Résultats :  Six dossiers ont été examinés, tous concernant des adolescents âgés de 14 à 16 ans. Les indications retenues ont été : 3 cas de trouble dépressif grave (dont un cas de syndrome de Cotard), 2 cas de syndrome malin des neuroleptiques et un cas de trouble schizo-affectif avec caractéristiques catatoniques. Quatre adolescents ont reçu ce traitement en première intention. Neuf ECT en moyenne ont été administrées, avec une efficacité jugée bonne. La tolérance est correcte et l’ECT ne semble pas, dans cette série, avoir occasionné d’altérations des fonctions cognitives à long terme. Aucune rechute n’a été observée après un an de suivi au minimum.
Conclusions :  Pour certains troubles psychiatriques graves de l’adolescent, l’ECT pourrait représenter un traitement de bon profil efficacité/tolérance.

(Rev can psychiatrie 2001;46:976–981)

Mots clés :  électroconvulsivothérapie, adolescent, efficacité, tolérance, catatonie, syndrome malin des neuroleptiques, syndrome de Cotard, trouble dépressif


Si l’électroconvulsivothérapie (ECT) est une thérapeutique répandue chez l’adulte, elle reste méconnue chez l’adolescent. Pourtant, dès 1942, des pionniers comme Heuyer (1) ou Bender (2) en rapportent l’efficacité clinique chez des enfants et des adolescents. Actuellement, son utilisation en pédopsychiatrie est exceptionnelle et fait l’objet d’un nombre restreint de publications, le plus fréquemment sous forme d’observations isolées. Environ 200 cas ont été rapportés depuis 1942 et seules 15 % des publications sont des séries (3). Nous rapportons ici l’expérience de l’ECT du service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital Robert Debré à Paris.

ECT chez l’adolescent : données de la documentation

Seulement 1,2 % des adolescents atteints de maladie maniaco-dépressive ou de schizophrénie recevraient ce type de traitement (4) : l’ECT reste donc une thérapeutique exceptionnelle dans cette population. Chez l’adolescent, la fréquence d’utilisation est de 0,6 à 1 ECT/an/million d’habitants en région parisienne (5), chiffre voisin de celui estimé par certaines équipes internationales, entre 0,2 et 1,7 ECT/an/million d’habitants (6,7), respectivement en Angleterre et en Australie.


Manuscrit réçu en juin 2001, révisé, et accepté en octobre 2001.
1Interne de psychiatrie, Service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, Hôpital Robert Debré, 48 boulevard Sérurier, 75019 Paris, France.
2Praticien hospitalier, Service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, Hôpital Robert Debré, 48 boulevard Sérurier, 75019 Paris, France.
3Médecin chef de service, professeur des Universités, Service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, Hôpital Robert Debré, 48 boulevard Sérurier, 75019 Paris, France.
Adresse pour tirés à part et correspondance :  Dr Bruno Étain 62 rue Vaneau, 75007 Paris, France.


Comparativement, la fréquence d’utilisation chez l’adulte se situe entre 70 et 250 ECT/an/million d’habitants. Les experts estiment que l’ECT représente un traitement de première intention chez l’adulte dans certaines situations cliniques : nécessité d’une réponse rapide et définitive, supériorité du risque des autres traitements par rapport aux risques de l’ECT, antécédent de mauvaise réponse au traitement médicamenteux et/ou antécédent de bonne réponse à l’ECT, préférence du patient. Ces recommandations s’appliqueraient également à l’adolescent. Selon l’American Psychiatric Association, l’utilisation de l’ECT chez les sujets de moins de 12 ans devrait être réservée aux situations cliniques dans lesquelles les autres traitements ne se sont pas montrés efficaces ou ne peuvent être administrés en toute sécurité. Pour les sujets dont l’âge est compris entre 13 et 18 ans, les indications thérapeutiques sont comparables à celles de l’adulte. Enfin, il est précisé que l’âge ne devrait pas être considéré comme une contre- indication absolue à l’utilisation des ECT (8).

Chez l’adolescent, les indications principales sont les troubles bipolaires de l’humeur, la schizophrénie et la catatonie (9) avec un taux de réponse de 63 % pour la dépression, de 80 % pour la manie et la catatonie (3) et de 90 % pour les troubles thymiques graves chimiorésistants (5). L’efficacité est jugée excellente pour les troubles thymiques et la catatonie, et partielle pour la schizophrénie et le trouble schizo-affectif. Certaines indications restent plus marginales comme le syndrome malin des neuroleptiques.