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La télépsychiatrie Douglas A Urness, MD, FRCPC 1 |
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Ce document été rédigé avec la Section sur la télépsychiatrie de l’Association des psychiatres du Canada (APC). Il a été approuvé par le Conseil d’administration de l’APC le 25 janvier 2003. IntroductionLa vaste superficie du Canada et la dispersion de sa population posent depuis toujours un véritable défi à l’infrastructure de son système de santé. Les avances en matière de technologie de communication, notamment la vidéoconférence de haute résolution à coût abordable, offrent la possibilité d’améliorer la prestation de services auprès de populations isolées. La psychiatrie se prête particulièrement bien à la vidéoconférence car elle repose sur l’observation visuelle et la prise en compte de l’histoire du patient. L’amélioration de l’accès aux services psychiatriques par la télépsychiatrie a de nombreux avantages. Des consultants aux compétences spécifiques, au lieu d’être restreints à une région donnée peuvent devenir disponibles pour toute une province ou un pays entier. En outre, une utilisation plus efficace des ressources peut raccourcir le délai d’attente. Par ailleurs, la durée, les frais et les risques des déplacements sont réduits tant pour le patient que pour le médecin consultant. En plus de diminuer le risque d’accidents dans les déplacements, des initiatives de télésanté comme la télépsychiatrie peuvent également réduire l’exposition à des maladies transmissibles, tel le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) qui se propage à l’heure actuelle. Une telle exposition est diminuée de façon permanente, et lorsqu’une éclosion se produit, les services demeurent disponibles alors qu’une quarantaine aurait empêché la dispensation de services (voir la note 1). La télépsychiatrie peut être définie comme l’utilisation de la technologie de la communication électronique pour éliminer ou réduire les barrières géographiques à la prestation de services psychiatriques. Cette technologie comprend le téléphone, le télécopieur, le réseau internet, le courrier électronique, l’image fixe et la vidéoconférence. Dans le présent document, la télépsychiatrie renvoie à l’utilisation clinique d’un moyen audiovisuel de communication en temps réel, interactif et animé, couramment appelé vidéoconférence. La télépsychiatrie se développe et une position nationale sur ce medium s’avère nécessaire. Ce document de discussion vise donc à combler ce besoin en proposant des lignes directrices qui abordent les prérequis, les types d’application et les aspects opérationnels de la télépsychiatrie. Rôle de l’Association des psychiatres du CanadaL’Association des psychiatres du Canada, par son statut d’association professionnelle bénévole est dédiée à l’avancement de la science et de la pratique psychiatriques pour le bénéfice des cliniciens et des usagers de service. Cette association est toute indiqué pour faciliter la discussion. D’autres professionnels en santé mentale offrent des services de télésanté, mais ce rapport s’adresse surtout aux psychiatres. PrérequisPlan d’affaires Qualifications du consultant
Cette formation sur l’utilisation de la technologie est en général brève et de nature pratique. Des connaissances techniques approfondies ne sont pas nécessaires. Modèle de service Technologie La vidéoconférence est possible grâce à divers appareils utilisant des bandes passantes de largeur différente. La bande passante renvoie à la quantité d’information numérique transmise à la seconde (mesurée en kilo-octets). Un ordinateur personnel, des moniteurs doubles de 32 pouces (81 cm) ou un visiophone portable à bande passante étroite peuvent être utilisés. La transmission de 128 à 384 kilo-octets est la norme dans la plupart des programmes (384 kilo-octets assurent une qualité télévisuelle de 80 %) et dans certaines situations une largeur de bande différente peut être aussi appropriée. En dernier lieu, l’expert-conseil déterminera le type d’équipement et la bande passante appropriés pour un type de consultation. Si la technologie est jugée inappropriée ou que d’importants problèmes techniques surviennent, d’autres modes d’évaluation devraient être disponibles. Il faut éventuellement reporter le rendez-vous, organiser une consultation immédiate ou ultérieure en face à face, hospitaliser ou opter pour une autre modalité technique. La responsabilité de prendre d’autres dispositions devra être clarifiée à l’avance. Enfin, les professionnels de la santé et le personnel de soutien administratif locaux devront appuyer le psychiatre consultant sans équivoque. Infrastructure Apport des consommateurs ApplicationsLa télépsychiatrie se révèle utile à différentes applications cliniques. Le jugement du clinicien et le consentement du patient constituent les principales considérations pour déterminer la faisabilité de ce type d’intervention. La nature du milieu de traitement, les relations de travail revêtent également de l’importance. Lorsqu’un service particulier est jugé inapproprié ou contraire à l’éthique en milieu de soins courant, il ne se justifie pas plus en télépsychiatrie. La présente section aborde les applications considérées comme adéquates, sans prétendre à être exhaustive. Applications cliniques Plusieurs types d’expertise légale sont possibles, notamment l’évaluation d’un placement sous garde en établissement, l’audition d’un comité de révision de la commission d’examen et l’évaluation médico-légale. Il peut être plus aisée d’obtenir par vidéoconférence le témoignage et le soutien précieux de membres de la famille. Le médecin consultant doit vérifier si la législation et la réglementation auxquelles est soumis le patient permettent l’utilisation de la télépsychiatrie. L’évaluation et le traitement de prisonniers représentent également une application possible. Traitement. Les services de traitement incluent la pharmacothérapie, la thérapie individuelle et conjugale, la thérapie ou l’éducation de groupe, le suivi régulier, la gestion de cas (en présence ou non du patient) et la supervision. La supervision de l’administration d’électrochocs, de traitements hypnotiques ou d’entrevues sous amytal nécessite une consultation entre deux médecins, qui doivent tous deux détenir un permis d’exercice approprié et posséder les qualifications nécessaires. L’utilisation de la télépsychiatrie ne légitime pas la supervision si elle est jugée inadéquate en face à face sur le lieu même. Éducation La supervision clinique de stagiaires, de médecins ou d’autres professionnels en santé mentale peut emprunter la voie de la télésanté si celle-ci est jugée appropriée en milieu de soins habituel et si les aspects de droit de pratique, de responsabilité et d’organisation financière sont clairement établis. Recherche Administration Autres applications La télépsychiatrie permet l’accès à des psychiatres en région éloignée possédant des compétences particulières, la connaissance d’une autre langue ou d’une autre culture, une expertise dans un domaine de surspécialité. Il importe alors de tenir compte des différences transfrontalières sur les plans de la réglementation et de la rémunération. Aspects opérationnelsConsentement et confidentialité
En plus, le patient doit être informé de la présence d’autres personnes qu’elles soient visibles à la caméra ou non, à l’endroit de la dispensation du service. De même, le psychiatre consultant doit savoir si d’autres personnes seront présentes sur le lieu de dispensation des services. Tous les projets de recherche à ce sujet doivent se conformer aux protocoles habituels en matière d’évaluation de l’éthique et de consentement à participer. Lorsque des patients participent à une session d’enseignement ou à une diffusion multi-sites, il importe de préciser les dispositifs de protection de la confidentialité et leurs limites. Ainsi, la diffusion multi-sites nécessite souvent la présence d’un technicien qui ne fait pas partie du personnel clinique pour surveiller la session. Processus de référence Le protocole progressif de réservation d’un rendez-vous, énumére notamment le nom et le numéro de téléphone des personnes-ressources, et il devrait être largement distribué. Planification des sessions Support technique Dossier médical On devrait couramment consigner au dossier l’utilisation de la vidéoconférence ainsi que la survenue éventuelle de problèmes techniques ayant pu affecter l’entrevue. Rémunération Évaluation et rechercheDes demandes d’évaluation proviendront de diverses sources, tels que des bailleurs de fonds, divers ordres de gouvernement, des organisations partenaires ou de services internes hospitaliers. D’importantes ressources devraient être mises en place pour répondre à ces demandes, qui auront toutes leurs particularités. Couverture médico légaleL’ACPM, principal assureur en matière de responsabilité médicale au Canada, considère la prestation de services de télésanté identique à la prestation d’autres services médicaux couverts, comme l’entretien téléphonique avec le patient. Le clinicien doit déterminer le caractère approprié d’une vidéoconférence en fonction de toute situation. Les normes de prestation de soins dans ce contexte sont les mêmes que celles qui régissent des services semblables dispensés dans d’autres milieux. RésuméPuisque l’utilisation de la vidéoconférence en psychiatrie s’étend progressivement, des lignes directrices de portée nationale devraient servir de référence pour des programmes qui développent leurs normes et leurs propres lignes directrices. Dans la plupart des cas, les aspects cliniques de la télépsychiatrie sont sensiblement les mêmes que dans la pratique psychiatrique courante en face à face. Par contre, la planification, le fonctionnement et l’évaluation d’un service de télépsychiatrie sont beaucoup plus complexes. Des projets d’évaluation et de recherche en cours devraient aborder les bénéfices de cette complexité. Note1. Ce paragraphe a été ajoutée au moment de la lecture finale pour marquer l’effet profond que le SRAS a eu sur les milieux de la santé. Lectures complémentaires1. Freuh BC, Deitsch SL, Santos AB, Gold PB, Johnson MR, Meisler N, and others. Procedural and methodological issues in telepsychiatry research and program development. Psychiatr Serv 2000;51:1522–7. 2. American Psychiatric Association. Resource document on telepsychiatry—via videoconferencing. http://www.psych.org/ pract_of_psych/tp_paper.fur. Approved July 1998. 3. Royal Australian and New Zealand College of Psychiatrists. Telepsychiatry. Position Statement 44. http://www.ranzcp.org/ statements/ps/ps44.htm. Posted September 20, 2000. 4. Collège des médecins du Québec. Télémédecine — document d’information. Montréal : Collège des médecins du Québec; mai 2000. 5. Canadian Medical Protective Association. Telehealth: proceed with caution. Ottawa: Canadian Medical Protective Association; January 2000. 6. Nerlich M, Balas B, Schall T, Stieglitz S-P, Filzmaier R, Asbach P, and others. Teleconsultation practice guidelines: report from the G8 Global Health Applications Subproject 4. Telemedicine Journal and e-Health 2002; 8(4):411–8. 7. Loane M, Wootton R. A review of guidelines and standards for telemedicine. Journal of Telemedicine and Telecare 2002;8:63–71. Auteur(s)1. Directeur clinique, Services de télésanté mentale, Conseil de la santé mentale de l’Alberta, Alberta Hospital Ponoka, Ponoka (Alberta) © Copyright 2003. Association des psychiatres du Canada. Toute reproduction, citation ou paraphrase de ces sommaires, intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, sans l’autorisation écrite de l’APC est interdite. Les commentaires des membres sont les bienvenus et seront soumis à la commission ou au comité approprié de l’APC. Prière d’adresser toute correspondance ou demandes de copies à l’Association des psychiatres du Canada : 441, rue MacLaren, suite 260, Ottawa (Ontario) K2P 2H3; téléphone : 613-234-2815; télécopieur : 613-234-9857; courrier électronique : cpa@cpa-apc.org. Référence DP 2003–1. |