The
Canadian Journal of Psychiatry
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47 |
Ottawa,
Canada, September 2002 septembre
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Number
7
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Éditorial
Chronique Mon C**
Alain Lesage, MD1,
Raymond Morissette, MD, FRCPC2
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Quest-ce qui se cache derrière ces astérisques?
Un coup de semonce à notre association et aux psychiatres
du Canada pour continuer à combattre la stigmatisation qui
frappe les personnes souffrant de troubles mentaux, stigmatisation
qui est toujours présente. Lexpression colorée
a été lancée il y a plusieurs années
par des groupes dusagers et de défense des droits en
Amérique, un cri du cur, un cri de révolte contre
ce terme de « patient chronique », terme que lon
ne retrouve plus dans lédition française ou
anglaise des exigences spécifiques du programme de formation
en psychiatrie du Collège royal des médecins et chirurgiens
du Canada, mais qui se trouve encore dans certains programmes de
résidence, dans le cadre du stage obligatoire de six mois
en « Réadaptation avec les malades chroniques ».
On lentend dailleurs encore dans les réunions
de nos départements de psychiatrie et dans les corridors
de nos établissements : « les étages de chroniques
», « les cas chroniques », « les handicapés
chroniques » ou simplement « les chroniques ».
Ces termes répétés par les médecins,
les professionnels, les administrateurs et le personnel sont inévitablement
reflétés aux patients et à leurs proches. La
personne est chronique de même que le personnel intervenant
: quelle stigmatisation!
Tout se passe comme si les valeurs et les pratiques de réadaptation
navaient pas été intégrées par
le milieu des services de psychiatriques. Quest-il arrivé
du message livré il y a plus de six ans à ce même
journal par Leona Bachrach (1) qui plaidait pour un rapprochement
et une intégration de la psychiatrie et de la réadaptation
psychosociale? La réadaptation psychosociale prône
une série de valeurs dont principalement, lespoir dun
rétablissement qui senvole en fumée au quotidien,
lorsque le patient et le personnel entendent les médecins
et autres membres du personnel parler de « malades chroniques
», de « cas chroniques » dans une « unité
de chroniques ».
Lévaluation des ramifications et des conséquences
de ce terme stigmatisant se mesure à un niveau individuel,
local et régional ou national (2). Au niveau individuel,
le terme « chronique » bloque lespoir dun
rétablissement, les efforts thérapeutiques de réadaptation,
car le médecin et le personnel accordent moins dattention
et de temps aux « chroniques », ce qui peut aller jusquà
loubli et même à labandon. Au niveau local,
on marque par ce terme la ségrégation dun groupe
de patients, le résultat étant un moindre investissement,
une moindre valorisation du personnel qui travaille auprès
de ces personnes. Cela peut signifier le blocage de laccès
à des interventions innovatrices thérapeutiques, à
une nouvelle médication, à de nouvelles interventions
psychologiques ou à de nouvelles tentatives de réadaptation.
Au niveau régional et national, lemploi du terme chronique
perpétue la stigmatisation dans la formation des résidents
en psychiatrie, des professionnels de la santé mentale et
du personnel de la santé. Cela perpétue aussi la stigmatisation
au niveau de la population en général et des décideurs
à tous niveaux.
Les deux articles de ce numéro portent sur la réadaptation
psychiatrique en milieu francophone et en Grande-Bretagne. Ils sont
signés par deux psychiatres, le Dr Raymond Tempier et le
Dr Frank Holloway, praticiens de la réadaptation. Ils confirment
dans un premier temps le peu dintérêt des milieux
psychiatriques pour la réadaptation, malgré les politiques
nationales et régionales qui la définissent bien comme
étant un élément essentiel dun bon système
de soins pour les personnes souffrant de troubles mentaux graves.
Il subsiste une ségrégation des pratiques et des praticiens
en réadaptation par rapport à dautres collègues.
La réadaptation est le plus souvent envisagée en deuxième
lieu, suite à une phase de traitement et non comme devant
être intégrée dès le début. On
lenvisage encore pour une catégorie de patients seulement,
ceux qui ont des troubles mentaux graves et persistants, et non
pour lensemble des troubles mentaux. Et pourtant, lOrganisation
mondiale de la santé nous rappelle que la dépression
est en voie de devenir la principale cause dincapacité
dans les pays industrialisés, comme le Canada, par exemple
(3).
Les deux articles donnent aussi un aperçu des immenses perspectives
du développement de la réadaptation. Sur le plan des
valeurs, la réadaptation psychosociale est passée
dans la dernière décennie dune approche centrée
sur le patient à une approche menée par le patient,
doù le concept de rétablissement. Selon cette
approche, le patient « nest plus la personne sur qui
on agit mais avec qui on agit » (4). Il faut citer laction
menée par les ressources communautaires et alternatives au
Québec, les mouvements dusagers et de lAssociation
canadienne pour la santé mentale en faveur des droits des
usagers, notamment celui de ne pas être traité de «
chronique ». Il y a aussi des expérimentations et des
accompagnements ailleurs et autrement. Parmi les développements
techniques rapportés dans divers articles, citons les thérapies
cognitives des délires et des hallucinations, les programmes
intégrés de remédiation cognitive, les programmes
de suivi intensif dans la communauté comme le Program for
Assertive Community Treatment qui combinent de façon intensive
traitement et réadaptation dans la communauté, les
programmes de suivi intensif pour le retour à lemploi
dans la communauté et le large éventail de milieux
résidentiels supervisés et le soutien au logement
dans la communauté. Ces approches combinées peuvent
constituer une solution de rechange à lhospitalisation
prolongée en créant des milieux de traitement et de
réadaptation intensive le plus près possible de la
communauté.
Le caractère nécessairement multidisciplinaire, voire
interdisciplinaire de la réadaptation, reflété
par exemple par la co-signature des deux articles par des psychiatres
et des professionnels, fournit loccasion de signaler les enjeux
sociologiques et politiques du désinvestissement des psychiatres
face à la réadaptation. Toute polarisation, quelle
soit biologique ou psychosociale, est nuisible. Il suffit de relire
larticle de Leona Bachrach cité plus haut pour comprendre
quil est préférable de nous définir par
les valeurs semblables motivant nos actions, plutôt que par
nos différences dans les moyens utilisés.
Le rétablissement dune personne suite à une
maladie ou à un événement malheureux ne se
mesure pas seulement à la diminution ou à la disparition
des symptômes, des souffrances, des incapacités ou
des handicaps, mais aussi et surtout, au sens que la personne arrive
à donner à sa vie et aux objectifs quelle désire
réaliser. Nous sommes loin de la chronicité.
Que pouvons-nous faire? Évitons surtout la formation dun
comité de lAssociation des psychiatres du Canada à
ce sujet, mais plutôt :
-
Cessons demployer le terme « chronique ».
-
Chaque fois que nous lentendons dun autre collègue,
dun de nos résidents, dun professionnel ou
dun administrateur, soyons proactifs et soulignons à
quel point le terme est stigmatisant.
-
Chaque fois que nous entendrons autour de nous le terme «
chronique », réfléchissons à la position
thérapeutique et réadaptative à légard
du patient, et à la position dans laquelle on place celui-ci
avec une telle dénomination.
-
Affermissons nos connaissances, notre savoir faire et notre
savoir être face aux valeurs et aux pratiques de la réadaptation
et faisons en sorte de lintégrer au traitement
de tout patient.
Comme médecins, nous avons le devoir de toujours tenter
de guérir, nous avons toujours le devoir de prendre soin,
de soigner tous les patients et de toujours travailler sans cesse
et dans toutes les occasions à leur rétablissement.
Sources de référence
1. Bachrach LL. Psychosocial rehabiliation and psychiatry:
what are the boundaries? Can J Psychiatry 1996;41:2835.
2. Thornicroft G, Tansella M, editors. The mental health
matrix. A manual to improve services. Cambridge (UK): Cambridge
University Press; 1999.
3. OMS. Rapport sur la santé dans le monde 2001
: la santé mentale : nouvelle conception, nouveaux espoirs.
Geneva: OMS; 2001. ISBN 92 4 256 201 7
4. Gardou C. Connaître le handicap, reconnaître
la personne. Ramonville (FR): Ed. Jrès; 1999. p 13
1 Professeur de recherche, Université de Montréal,
Montréal, Québec; Vice-président du conseil
consultatif de lInstitut des neurosciences, de la santé
mentale et des toxicomanies, Instituts de recherche en santé
du Canada
2 Chef de service de psychiatrie et de réadaption et dhébergement
dans la communauté, Hôpital Louis-H Lafontaine, Montréal,
Québec
Address for correspondence: Dr A Lesage, Centre de recherche Fernand-Seguin,
Hôpital Louis-H Lafontaine, 7401 Hochelaga, Montréal,
QC H1N 3M5

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