| December 2000 | Traumatismes, stress traumatique, et dépression à la suite de catastrophes aériennes |
|
Méthodologie Lors de chaque intervention médico-psychologique d’urgence, les symptômes de stress aigu sont dépistés et évalués chez les 10 blessés selon les recommandations du DSM-IV (14). Huit d’entre eux sont suivis par l’Unité mobile de consultation-liaison psychiatrique pendant trente jours; les symptômes de stress aigu, de stress post-traumatique et de dépression sont évalués selon les critères du DSM-IV lors d’entretiens cliniques semi-structurés hebdomadaires. Pour évaluer l’intensité du stress post-traumatique, la passation de l’échelle de l’impact de l’événement (IES), traduite en français et validée, s’effectue à J30 (15,16). L’IES « globale » (IES-G) présente une sensibilité de 95 % et une spécificité de 100 %, pour affirmer un ESPT, lorsque le score global est supérieur ou égal à 42 (16). Pour l’échelle « intrusion » de l’IES (IES-I), la moyenne des scores pour un ESPT est de 25,95 ; pour l’échelle « évitement » de l’IES (IES-E), la moyenne des scores pour un ESPT est de 25,3 (16). Après une description complète de l’étude, le consentement éclairé des sujets est obtenu. Toutes les moyennes des scores sont reportées plus ou moins (±) l’écart type de la moyenne standard (s.e.m.). L’analyse statistique utilise le test t de Student pour évaluer les relations entre stress aigu, dépression et les moyennes des scores « IES » ; pour les variables catégorielles non ordonnées le test du c2 de Pearson est utilisé sur les tableaux de contingence et le test exact de Fisher lorsque les effectifs l’imposent. Analyse et résultats Les 10 blessés sont des hommes, d’âge moyen de 51± 3,1 ans : 2 présentent des brûlures graves, 2 sont brûlés avec lésions osseuses, 4 présentent des brûlures moins étendues, 2 souffrent des lésions osseuses isolées. Lors des premières interventions médico-psychologiques d’urgence, les tableaux cliniques observés présentent des sentiments de torpeur avec déréalisation, des épisodes de déambulation automatique autour de la carcasse de l’appareil, ou bien des altérations de la perception du temps et du lieu, et une absence de réactivité émotionnelle. Cinq victimes objectivent un état de stress aigu (ESA) avec des symptômes dissociatifs décrits précédemment et associés à des phénomènes de reviviscence (images et cauchemars de la catastrophe, hypervigilance et sursauts exagérés) (tableau 1). Dès le deuxième jour d’hospitalisation, 2 sujets sortent de l’étude parce qu’ils sont transférés dans un autre hôpital ; ainsi seulement 8 blessés, dont 4 sujets « ESA », sont suivis pendant 30 jours (tableau 1). À J30, des symptômes de stress post-traumatique sont présents chez tous les sujets (moyenne des scores IES-G, 33±5) ; l’évaluation clinique et le test psychométrique (IES) confirment que 3 victimes souffrent d’un ESPT avéré dont 2 avec dépression (tableau 1). Les symptômes de stress post-traumatique sont centrés sur les expériences de reviviscence diurnes et nocturnes (images de flammes, de corps enflammés, bruits d’explosion, rappels d’images, etc.), avec hypervigilance, réactions de sursaut exagérées, irritabilité et troubles du sommeil; les dépressions observées sont de début précoce et d’intensité mélancolique, avec sentiments de culpabilité affirmés (5). Parmi les 4 « sujets ESA », 3 ont développé un ESPT, mais aucune relation significative n’est observée entre la présence d’un ESA et le développement d’un ESPT. En outre, l’anamnèse des événements de vie révèle chez chacun des 2 sujets déprimés un événement traumatique antérieur grave (décès d’un enfant dans un accident d’automobile). Une relation significative est observée à J30 entre l’existence d’un traumatisme antérieur et le développement, à la suite d’une catastrophe aérienne, d’un ESPT associé à une dépression. Parmi les 6 sujets sans exposition traumatique antérieure à la catastrophe, aucun n’est déprimé et 1 seul présente un ESPT, alors que les 2 sujets traumatisés antérieurement souffrent d’un ESPT avec dépression (test exact de Fisher, P = 0,035) (tableau 2). Conclusion Lors de ces événements, il n’existait pas d’entretien clinique structuré, traduit en français et validé pour le stress post-traumatique. Cela a pu limiter les résultats, au même titre que la taille réduite de l’échantillon. L’expérience d’une catastrophe aérienne est extrêmement traumatisante et génératrice de symptômes de stress traumatique intense (1–5,17). Après un mois de suivi, l’évaluation clinique (critères DSM-IV) et psychométrique (IES) révèle des niveaux élevés de stress post-traumatique, mais sans relation avec un ESA. La coexistence d’une dépression et d’un ESPT n’est pas une coïncidence, les traumatismes psychiques sont responsables de troubles de l’humeur et d’autres séquelles psychologiques (2,17). Des symptômes de dépression d’apparition précoce sont un indice en faveur d’une évolution chronique de l’ESPT; mais cette comorbidité peut également être envisagée parce que certains critères du DSM-IV sont partagés par les deux affections (12, 13, 18). Les 2 victimes avec dépression et ESPT présentent des antécédents d’événement traumatiques antérieurs à la catastrophe aérienne, chacune avait eu un enfant décédé dans un accident d’automobile (5).
|
Les victimes avec exposition traumatique antérieure présentent une vulnérabilité accrue au développement d’un ESPT associé à une dépression. Le développement ultérieur d’un ESPT serait facilité par une exposition antérieure à un environnement stressant et hostile, selon un modèle de maturation et de sensibilisation aux agents stresseurs environnementaux (19). Le traumatisme évident de morts violentes peut se majorer par des scènes visuelles de nature apocalyptique. La plupart des études concernant le stress traumatique s’attachent à repérer les indices de vulnérabilité. Des études ultérieures précisant les facteurs de protection des sujets traumatisés qui ne développent pas d’ESPT pourraient s’avérer tout aussi pertinentes. References 1. Carlier IV,
Gersons BP. Stress reactions in disaster victims following the Bijlmermeer plane
crash. J Trauma Stress 1997 ; 10 : 329–35.
Implications cliniques
Limitation 3. Guerin EJ.
Air disaster and posttraumatic stress disorder. Am J Psychiatry 1999 ; 156 :
1290–1. |
|
|
Abstract—Trauma,
traumatic stress, and depression following airline distasters
Objectives: Acute stress responses following a trauma indicate a sensitivity to
posttraumatic stress disorder (PTSD), and is often comorbid with depression.
Earlier exposure to a traumatic event can be an additional risk factor in PTSD
development. |
||