Traumatismes, stress traumatique, et dépression à la suite de catastrophes aériennes
Philippe Birmes, MD1, Jean-Louis Ducassé, MD2, Barbara A Warner, MD3, Alain Payen, MD4, Laurent Schmitt, MD5

Objectifs: Les réactions de stress aigu à la suite de traumatismes représentent des indices de vulnérabilité à l’état de stress post-traumatique (ESPT) ; d’autre part, la comorbidité ESPT et dépression est fréquemment observée. Une exposition traumatique antérieure peut être un facteur de risque supplémentaire de développement de l’ESPT.
Méthode: Huit blessés, hospitalisés à la suite d’une catastrophe aérienne, sont suivis et évalués pendant un mois. Les symptômes d’état de stress aigu (ESA), d’ESPT et de dépression sont évalués selon les critères du DSM-IV immédiatement après l’accident, puis chaque semaine. La passation de l’échelle de l’impact de l’événement (IES) est effectuée au 30e jour (J30).
Résultats: Quatre sujets présentent un ESA, 3 d’entre eux présentent un ESPT à J30. Parmi ces 3 sujets « ESPT », 2 présentent une dépression associée. Ces 2 sujets avaient été exposés à un événement traumatique antérieur à la catastrophe aérienne ; une relation significative est observée entre l’anamnèse d’un traumatisme antérieur et un ESPT avéré associé à une dépression.
Conclusion: Les victimes traumatisées ayant des antécédents d’événements traumatiques antérieurs semblent plus vulnérables au développement d’un ESPT associé à une dépression.

(Can J Psychiatry 2000;45:932-934)

Key Words: catastrophe aérienne, dépression, état de stress aigu, état de stress post-traumatique, traumatisme

Introduction à la recherche

Lors d’un traumatisme de l’intensité d’une catastrophe aérienne, les survivants présentent une grave détresse psychologique ; les symptômes d’anxiété, de stress traumatique et de dépression sont au premier plan (1–5). Les victimes traumatisées en état de stress aigu continuent à souffrir de séquelles psychologiques (6), et présentent une vulnérabilité à un état de stress post-traumatique (ESPT). Les recherches orientées dans cette direction étaient le plus souvent rétrospectives, mais peu d’évaluations prospectives confirment ces données (4,7–11). Une dépression peut précocement s’observer à la suite d’un événement traumatique, la comorbidité


Manuscrit reçu en mai 1999, rédigé et accepté aux fins de publication en janvier 2000.
1Praticien hospitalier, Service Universitaire de psychiatrie et psychologie médicale (Pr L Schmitt), Hôpital Purpan-Casselardit, Centre Hospitalier Universitaire de Toulouse, Toulouse, France.
2Praticien hospitalier, Chef de service, Service d’accueil des urgences, Hôpital Rangueil, Centre Hospitalier Universitaire de Toulouse, Toulouse, France.
3Michelbach-le-Bas, France.
4Médecin chef, Service de psychiatrie (Pr C Doutheau), Hôpital d’Instruction des Armées Percy, Clamart, France.
5Professeur des universités-praticien hospitalier, Chef de service, Service Universitaire de psychiatrie et psychologie médicale, Hôpital Purpan-Casselardit, Centre Hospitalier Universitaire de Toulouse, Toulouse, France.
Adresse :Dr Philippe Birmes, Service Universitaire de psychiatrie et psychologie médicale (Pr L Schmitt), Hôpital Purpan-Casselardit - Centre Hospitalier Universitaire de Toulouse, place Baylac, F-31059 Toulouse, France.
courriel : birmes.p@chu-toulouse.fr

ESPT et dépression n’est pas une simple coïncidence. Les dépressions et l’ESPT représentent des séquelles objectives des suites de traumatismes, leurs pronostics sont similaires et leur interaction accroît la détresse du sujet (5,7,12,13). L’étude menée auprès d’un échantillon de rescapés d’une catastrophe aérienne présente une évaluation prospective, des relations entre stress aigu et développement d’un stress post-traumatique associé ou non à une dépression.

Description de l'événement traumatisant

Un avion transportant des touristes français s’écrase immédiatement après le décollage. L’appareil explose au sol faisant 23 morts et 29 blessés. Tous les rescapés ont eu leur vie menacée. Ils ont été témoins de morts violentes, avec visions effroyables de corps enflammés et de restes humains carbonisés. Les soins d’urgence sont effectués par l’équipe médicale de l’aéroport et les blessés sont hospitalisés ; les soins médico-psychologiques d’urgence sont dispensés sur place par une unité française spécialisée, les victimes bénéficient d’une écoute empathique, de soutien et de réconfort. Les états de stress dépassé nécessitent l’administration per os d’une benzodiazépine tranquillisante (oxazépam). Soixante-douze heures après la catastrophe, les victimes sont rapatriées par avion à Paris (France), puis dans les hôpitaux de leur région d’origine ; ainsi 10 blessés arrivent dans le sud de la France. Dès l’admission aux urgences de l’hôpital, il est proposé à chaque victime un débriefing psychologique (psychological debriefing). Lorsqu’une anxiolyse est nécessaire, une benzodiazépine tranquillisante est administrée per os (oxazépam). Les blessés sont ensuite hospitalisés dans les unités de grands brûlés ou de traumatologie, deux d’entre eux seront transférés dans un hôpital plus proche de leur domicile.